Rassembleur d'Etincelles -
Samedi dernier. Sept heures du matin. Deux heures arides à chercher à contraindre une page
blanche à se couvrir de fiévreuses et intelligentes, forcément intelligentes réflexions. Une conférence à préparer, sur le thème du Pardon. Rien, pas le moindre mot n'émergea de ces confuses
heures. Décidant de m'accorder une pause, j'allume ma télévision et je vois alors le visage toumenté d'Elie Wiesel. Ce fut une heure lumineuse, arrachée à l'obscurité à écouter, recevoir,
accueillir les paroles de cet homme qui dit vouloir "purifier les mots". Qui a mis longtemps à accepter de fonder une famille, parce qu'il "n'était pas convaincu que le monde méritait ses
enfants". Je l'entends prononcer cette phrase "Renoncer à témoigner, c'est renoncer à espérer"...
Et je crois percevoir sous son visage
celui de mon père et de tous les parents qui ont vécu dans leur chair l'expérience du mal absolu, puis qui se sont trouvés dans l'impossibilité littérale devant leurs propres enfants de
"purifier les mots" pour témoigner d'une manière dicible leur voyage au pays d'où l'on ne peut revenir véritablement soi-même. Alors, ils ont fait silence. Et depuis, ces enfants de ce silence-là
ont entrepris leur propre voyage, abstraits du témoignage direct de leur parents. Amputés. Oui! Amputés, parce qu'il leur manque un épisode dans l' histoire de vie familiale. Et que c'est
autour de ce manque qu'il leur faut tout de même créer, puis transmettre à leur tour.
Tout manque engendre un espace à combler... Personne ne peut faire l'économie d'un pan de son histoire. Quel que soit le temps que cela prenne, plusieurs générations parfois. Parce que ce silence là est d'une telle résonance qu'il appelle jusqu'au souvenir de son propre echo.
Tout manque engendre un espace à combler... Personne ne peut faire l'économie d'un pan de son histoire. Quel que soit le temps que cela prenne, plusieurs générations parfois. Parce que ce silence là est d'une telle résonance qu'il appelle jusqu'au souvenir de son propre echo.
Lun 15 sep 2008
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