O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

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ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Lundi 16 juillet 2007

Chaleur. Vacances. Tout autour de nous bruisse de ces mots incantatoires. Etre ou ne pas être en vacance...Alors, j'ai soigneusement rangé, pour quelques jours, mes envolées textuelles. Me suis replongée dans mon manuscrit, prête à le retravailler, en attendant l'éditeur qui le délivrera de la malédiction de Kali la Noire. Et voici que quelques ligne de mon "Sceau de Ganesh" m'ont semblé si "opportunes" que j'ai voulu vous les faire partager...

"(...) Même la Rue de la Marine jouait l'air de la nonchalance. Dans l'ashram, en ce premier jour de l'été 1945, l'école se vidait peu à peu. Seuls l'intendant et les quelques occupants permanents du lieu traversaient parfois la cour, habituellement bourdonnante de monde. Un chat se prélassait au soleil. Deux vaches avaient trouvé refuge à l'ombre de la fontaine. La moiteur avalait l'énergie de Pondichéry et les Pondichériens, eux, comme toujours, s'adaptaient. Le temps de la sieste, volets clos, était revenu. Dans les administrations, de gros ventilateurs, totalement inefficaces, ne chassaient que les mouches. Des fonctionnaires las attendaient la fin de la journée en s'éventant avec des feuilles de papier. Le soir venu, le front de mer retrouvait sa belle agitation. Une foule cosmopolite et joyeuse, mêlant tamouls et occidentaux, descendait, dès les premières heures de la soirée, envahir la plage. C'était le temps des jeux de ballon et des pique-nique, dans les jardins de la ville blanche. A Pondichéry la nantie, l'élégante, qu'un canal à peine séparait de Pondichéry la miséreuse, la grouillante, on vivait sans mauvaise conscience un des derniers étés sous tutelle coloniale...." 


Jeudi 7 juillet 2005

   Je suis issue de ce que je nomme "un monde englouti". J'ai grandi dans une non transmission d'une histoire familiale brisée par la Shoah. Mon écriture porte l'empreinte d'une quête identitaire jamais achevée.
Abraham, le personnage central de mon livre, lui, occulte cette tragédie. Alors que la guerre gronde, qu'il a dû fuir la Pologne, puis Paris, avec les siens, il ne songe qu'à asseoir son emprise sur sa famille. Sa fille Esther, qu'il voudrait transformer en "pur esprit" est amoureuse d'un homme parti en camp de concentration. Son fils Nathan est entré en résistance, sa femme Rivka ne rêve que de Cracovie. Alors Abraham part en "voyage intérieur". Il cherche un Dieu, une vérité qu'il pourrait revendiquer et s'approprier.
"Donnez-moi un Dieu" a inspiré le documentaire "Passeurs de mémoire" qui a obtenu le prix Gilbert Dru 2004, décerné par la LICRA Rhône-Alpes.

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