O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

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ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Lundi 1 décembre 2008

Jeudi 27 novembre dernier, en voyage en Israël, mes pas me conduisent à Jaffa, quartier d'artiste de Tel Aviv, en devenir d'être un port de loisir, port par lequel Napoléon  arriva, au cours de sa campagne d'Egypte.  Par un soleil éclatant, mon regard s'accroche sur une porte extraordinaire, l'entrée du musée d'une artiste dont j'ignorai le nom, Ilana Goor, musée mais également demeure d’été de la famille Goor. Ce lieu m’appelle, impressionnant, imposant. En levant les yeux, il me semble apercevoir au deuxième niveau un jardin surplombant la mer. ’

J'entre, sans intention particulière, juste pour répondre à cet appel, faire une rencontre artistique.  Le bâtiment, qu’Ilana Goor acquit a la fin des années 70,  fut construit au 18ième siècle, originellement pour servir de caravansérail, à la disposition des pèlerins juifs venant en terre sainte. Acheté au 19ième siècle par une famille arabe de Jaffa, le rez de chaussée  fut  transformé en fabrique de cosmétique à base d'huile d'olive et le sous sol en four a huile. Rénové par l'artiste, le bâtiment a retrouvé sa construction originelle et  a ouvert ses portes au public en 1995, tout en restant la demeure d'été de la famille Goor. C'est ce sentiment d'entrer dans un lieu ou l'art est désacralisé qui m’a interpellé à plus d'un titre, le musée reflète l'approche d’Ilana, selon laquelle l'art et la vie quotidienne fusionnent l'un dans l'autre. Le thème de l'ancien face au neuf sert de fil rouge. Il trouve son expression dans de nombreuses œuvres exposées en ce lieu  et ouvre un espace de réflexion sur cette forme d'art que l'on nomme "ready-made", utilisant pour sa conception des objets du quotidien. Thème récurant dans l'œuvre d'Ilan Goor et des artistes invités exposés dans le musée, ainsi que celui exprimé dans de nombreuses œuvres, transcendant le cycle de la vie et de la mort, soulignant la contingence du corps humain et sa fragilité. J'ai eu l'impression nouvelle et forte d'avoir une réelle et immédiate intimité avec le lieu et les œuvres, aucune barrière n'empêchant le contact, le toucher même. Selon Ilana Goor, une œuvre d'art doit établir un lien direct avec celui qui s'en approche, la vue, mais également le toucher participent de cette complicité avec l'œuvre.

 

Et c’est bien ainsi que j’ai vécu la « rencontre » avec une artiste et son univers, dérangeant parfois, déroutant souvent, renversant  la notion du Beau, de l’esthétique, mélangeant les matériaux, les inspirations et les formes, sans continuité apparente.

 

 

Ilana Goor est née et a grandi à Tibériade. Elle n'a pas suivi le cursus classique, développant ses techniques artistiques en parfaite autodidacte. Sa carrière artistique, l’histoire du musée et bien d’autres éléments sont accessibles sur son site, www.ilanagoor.com que je vous invite à visiter.


Samedi 15 novembre 2008

Bâtir un Temple… Non pas pour se protéger du monde et de sa fréquente disharmonie, mais au contraire, pour en percevoir en son centre les subtiles parcelles de beauté et de lumière qui en émanent  et s'en servir de matériau.

Bâtir un Temple…  Non comme une élégie à des Dieux éphémères et inconstants, qui prennent visage humain, et se servent du terme fraternité comme d'un rempart, mais pour y recueillir, dans  la noblesse et la force, ceux qui sont tombés  et se sont relevés, si souvent qu'ils en ont oublié de compter le temps.

 

Bâtir un Temple avec une seule goutte d'une huile précieuse et bonne pour unique croyance et voir se reproduire  le miracle de Hanoukka, sept jours, sept mois, sept ans, sept siècles après que l’on en eut oublié jusqu’à l’essence même de la trace de l’huile originelle.

 

Etre en errance d’un Royaume depuis que l’Etre qui l’habitait avec soi n’en imprègne plus d’un subtil parfum de poudre et d’or entremêlés chacune des pierres précieuses qui le constituait. Puis, sans que son nom  fut murmuré, ou même invoqué, accueillir dans une glorieuse acception le retour en majesté de celui qui ne s’était qu’absenté dans les couloirs du temps.

 

Alors, bâtir un Temple devient une évidence pour ses bâtisseurs, éclairés par la Lune sage, réchauffés par le Soleil éclatant. Chaque pierre de ce Temple , unique et universel cependant, porte en son cœur une vibration harmonique qui libère enfin les énergies et imprime son sceau de Sagesse, de Force et de Beauté ré-unies.


Dimanche 2 novembre 2008

Vendredi dernier, sur France 5, j’écoutais le Paléoanthropologue Yves Coppens, raconter ses recherches sur les origines de l’Homme menées en Afrique. Une vie consacrée à remonter le temps, jusqu’à la découverte de Lucy, notre lointaine cousine.

Cousine ? Ou sœur ? Lucy, de la famille des homo sapiens sapiens, comme nous. Nous tous. Blancs, noirs, asiatiques, toutes religions confondues, beauté et laideur mêlées, riches ou dans le dénuement. Tous.
 Les phrases d’Yves Coppens résonnent encore en moi : « L’origine de l’Homme est unique. Il n’y a qu’un seul genre humain, qu’une seule race humaine. Les racines de l’Homme se confondent avec celles de l’animal. Et l’humanité s’est crée des Dieux pour oublier son animalité »

 

Si nous adhérons à cette affirmation d’Yves Coppens, cela change alors toute la donne… La fraternité  revêt un sens chargé  d’une autre matière que celle avec laquelle nous avons trop souvent tendance à la composer. Elle n’est plus concept, ni mot répété comme un mantra dans certains lieux, ni flamboyant oriflamme au fronton des institutions, accompagné de ses indissociables compagnons « liberté, égalité ».

La liberté, l’égalité et la fraternité seraient LE genre humain. Et cette animalité que nous voudrions tant oublier, cet « homme qui serait un loup pour l’homme », s’il l’était vraiment, alors il se porterait mutuellement secours et assistance. Dans une meute, le loup dominant ne domine pas pour détruire mais bien au contraire pour structurer sa meute en famille, dans le respect des règles mais aussi en protégeant l’intégrité physique de tous. Ce qui nous distingue de l’animal, la conscience de nos actes et de leur portée, empêche-il la dérive de certains ?
 La fraternité est-elle vraiment le propre de l'Homme?

Ce n’est qu’une réflexion, un questionnement, l’humain en moi appelle la question, l’animal en moi appelle la mémoire originelle.

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