Jeudi 27 novembre dernier, en voyage en Israël, mes pas me conduisent à Jaffa, quartier d'artiste de Tel Aviv, en devenir d'être un port de loisir, port par lequel Napoléon
arriva, au cours de sa campagne d'Egypte. Par un soleil éclatant, mon regard s'accroche sur une porte extraordinaire, l'entrée du musée d'une artiste
dont j'ignorai le nom, Ilana Goor, musée mais également demeure d’été de la famille Goor. Ce lieu m’appelle, impressionnant, imposant. En levant les yeux, il me semble apercevoir au deuxième
niveau un jardin surplombant la mer. ’
J'entre, sans intention particulière, juste pour répondre à cet appel, faire une rencontre artistique. Le bâtiment, qu’Ilana Goor acquit a la fin des années 70, fut construit au 18ième siècle, originellement pour
servir de caravansérail, à la disposition des pèlerins juifs venant en terre sainte. Acheté au 19ième siècle par une famille arabe de Jaffa, le rez de chaussée fut transformé en fabrique de cosmétique à base d'huile d'olive et le sous sol en four a huile. Rénové par
l'artiste, le bâtiment a retrouvé sa construction originelle et a ouvert ses portes au public en 1995, tout en restant la demeure d'été de la famille Goor. 
C'est ce sentiment d'entrer dans un lieu ou l'art est désacralisé qui m’a interpellé à plus d'un titre, le musée reflète l'approche d’Ilana, selon laquelle l'art et la vie
quotidienne fusionnent l'un dans l'autre. Le thème de l'ancien face au neuf sert de fil rouge. Il trouve son expression dans de nombreuses œuvres exposées en ce lieu et ouvre un espace de
réflexion sur cette forme d'art que l'on nomme "ready-made", utilisant pour sa conception des objets du quotidien. Thème récurant dans l'œuvre d'Ilan Goor et des artistes invités exposés dans le
musée, ainsi que celui exprimé dans de nombreuses œuvres, transcendant le cycle de la vie et de la mort, soulignant la contingence du corps humain et sa fragilité.
J'ai eu l'impression nouvelle et forte d'avoir une réelle et immédiate intimité avec le lieu
et les œuvres, aucune barrière n'empêchant le contact, le toucher même. Selon Ilana Goor, une œuvre d'art doit établir un lien direct avec celui qui s'en approche, la vue, mais également le
toucher participent de cette complicité avec l'œuvre. 
Et c’est bien ainsi que j’ai vécu la « rencontre » avec une artiste et son univers, dérangeant parfois, déroutant souvent, renversant la notion du Beau, de l’esthétique, mélangeant les matériaux, les inspirations et les formes, sans continuité apparente.

Ilana Goor est née et a grandi à Tibériade. Elle n'a pas suivi le cursus classique, développant ses techniques artistiques en parfaite autodidacte. Sa carrière artistique, l’histoire du musée et bien d’autres éléments sont accessibles sur son site, www.ilanagoor.com que je vous invite à visiter.
Bâtir un Temple… Non pas pour se protéger du monde et de sa fréquente disharmonie, mais au contraire,
pour en percevoir en son centre les subtiles parcelles de beauté et de lumière qui en émanent et s'en servir de matériau.

Commentaires