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ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

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Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.

Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
 

C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les  projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.

    S.  Oling  Lyon  Octobre 2011


Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 09:40
- Communauté : PanoramArt
lycee-carrel-mars-2010-007.JPG(lycée Carrel 11 mars 2010)
Chaque année depuis cinq ans,  j'interviens dans un même  collège, sur le thème large de la  littérature mémorielle. L'enseignante avec laquelle je construis cette intervention me laisse le champ libre, connaissant mon  incapacité à être dans un cadre normé. Je me laisse guider par ce lien magnifique et mystérieux qui se tisse en quelques minutes avec  ces jeunes élèves .  Elles ne savent rien, ou si peu,  de moi et je ne connais d'elles que leurs rudesse parfois à appréhender le monde qui s'offre à elles. Il nous faut cependant parcourir ensemble ces deux heures  qui nous sont offertes, chacune d'un côté d'une passerelle fragile, faite de leurs interrogations légitimes sur ce que je  veux leur offrir et de ma crainte de passer à côté de ce rendez-vous entre elles et moi. Jeudi dernier, j'avais bâti le premier lien de mon intervention sur le film "La Rafle", ouvrant ainsi un espace dont je ne soupçonnais pas à quel point il allait nous bouleverser.

Je n'ai cessé, depuis la disparition de mon père en 2002,  puis la parution de mon roman " Je n'irai plus à Cracovie murmurer ton nom", d'affirmer que j'avais rempli mon devoir envers les miens. Je ne voulais plus de cette identité par procuration, ni  me définir comme une "fille de déporté", pensant laisser ainsi sa pleine légitimité à une autre identité encore en gestation. Mais devant ces élèves, je me suis entendue raconter une histoire, celle de mon père évidemment, qui, lors de la rafle du Vel d'Hiv, était déjà interné à Drancy, d'où il allait finalement être déporté en août 1942 pour Auschwitz. Puis, bien évidemment, nous avons pu  échanger largement sur ce qui est le sujet majeur de ces interventions, ce qui conduit à de telles exactions, à l'extermination d'un peuple tout entier, pour fait identitaire, religieux ou autre. Ce qui a permis à certaines élèves de parler de leurs histoires familiales, des histoires d'errance, de déracinement, d'abandon de leur culture originelle parfois, par méconnaisssance de sa richesse. Se ré-approprier cette histoire,  la légitimer en acceptant de la nommer devant d'autres, sans crainte d'un jugement, si ces temps de partage avec ces jeunes gens ne devaient servir qu'à celà, déjà, ce serait pour moi un  réel bonheur.

Et cela m'amène à me dire que nous ne pouvons fonctionner longtemps en nous coupant d'une partie de nous-mêmes. Que notre passé, historique, familial, professionnel, ait provoqué des failles, des lignes de brisure ineffaçables, il n'en demeure pas moins que ces événements traumatiques sont part constituante de notre identité. Et que nous devons non pas les repousser dans un recoin caché de notre mémoire mais pacifier cet espace-là, cesser d'être dans l'évitement pour réconcilier ce qui peut l'être, de crainte que ces zones de repli ne viennent un jour envahir tout l'espace de notre vie, à force d'avoir été refoulées 

Je peux affirmer que la vie est belle et bonne à vivre, je l'ai vu dans les yeux de ces jeunes filles jeudi dernier. Sans angélisme. En pleine conscience d'une réalité dans sa quotidienne trame. Juste parce que l'on a décidé que le malheur ne passerait plus par nous.

Entre mémoire et oubli, faire le choix de la vie....


 

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