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Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
Ce soir, la France joue un match de foot important en Lithuanie, à Kaunas. Puis, quel que soit le résultat, notre équipe reprendra l'avion du retour...
Le 15 mai 1944, un convoi part de Drancy. Il porte le numéro 73. Convoi dont la destination finale, attestée en son temps, de ses 878 voyageurs sans bagages, tous des hommes, était Auschwitz. Ce convoi n'arriva jamais. Les listes de déportés furent falsifiées. Les pistes brouillées. Seules les dépositions de quelques uns des 16 survivants retrouvés en 1945 purent retracer le dernier itinéraire de ceux qui furent des êtres de chair, de vibration et d'amour.
Une partie d'entre eux fut détournée vers Reval, en Esthonie, l'autre groupe arriva dans la forteresse de Kovno, aujourd'hui rebaptisé Kaunas, en Lithuanie. Tous ces hommes étaient dans la force de l'âge. Ils furent affectés au travail de la tourbe, dans des conditions effroyables. Kaunas n'était pas un camp d'extermination. C'était une ville. Avec des habitants, tout autour. Qu'ont-ils vu? Qu'ont-ils fait pour empêcher ce qu'il devait alors être impossible d'ignorer?
Je me souviens d'une de mes missions de recueil de témoignages d'enfants de déportés, à Metz. Deux d'entre eux me confièrent qu'à l'horreur absolue d'avoir perdu leurs pères, s'était rajoutée l'impossiblité de matérialiser leurs derniers instants. Ce convoi 73 fut un convoi fantôme que les familles de ces "disparus sans laisser d'adresse" ont remis, après un combat acharné pour en restituer la trace, dans la lumière de l'Histoire.
Aujourd'hui, jour de ce match capital pour la France à Kaunas,c'est vers tous ces hommes du convoi 73 que mes pensées se tournent, en un prière muette.
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