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ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

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Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.

Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
 

C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les  projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.

    S.  Oling  Lyon  Octobre 2011


Dimanche 4 mars 2007 7 04 /03 /Mars /2007 08:44

J'ai quinze ans, je crois. Le Rwanda est mon pays. Suis-je Hutu ou Tutsi? C'est important pour vous de le savoir? Mon prénom? Je l'ai su. J'ai oublié... Le bonheur,vous me demandez ce qu'est le bonheur? C'était hier, avant que la terre ne devienne pourpre de la vie de tous les miens, qu'elle a avalée. Vous pouvez me rendre hier?

Je m'appelle Nordu. Je suis Tibétain, en exil intérieur. J'habite Lhassa, mais ce n'est plus qu'une forteresse vide, traversée par des vents mauvais, qui ont pour nom - pillage cultuel, culturel et identitaire-torture- volonté hégémonique. Mon peuple a été dévoré. Mais il est encore debout. Le bonheur? C'est vous, dans l'instant. Vous qui ne nous oubliez pas. C'est le maintien de nos traditions, ailleurs pour l'instant. Ce sont les écoles de Darhamsala, libres mais en errance de notre pays. Le bonheur est contenu dans l'espérance.

Peu importe mon prénom, le lieu où je vis, mon histoire personnelle. J'ai perdu l'être que j'aimais. L'idée même de bonheur me brise de chagrin. Concevoir de vivre, simplement vivre, sans le reflet de celle avec qui le monde avait pris sens m'est violence. Alors qu' autour de moi, tout bouge et se transforme, il me faudra combien de printemps, d'étés et d'automnes avant d'aborder l'hiver de son départ le coeur un peu plus léger? Pourtant, un enfant de notre enfant va naître. Ethan, petit être en devenir, est déjà source et promesse.

Le bonheur. Rien de plus "protéiforme" que la notion de bonheur. Chacun porte en soi son jardin d'Eden, cette vision d'une possible réconciliation avec le monde et soi-même, qui nous fait avancer jusqu'à demain. Et aujourd'hui? Aujourd'hui nous appartient, à nous qui sommes dans un monde presque libre, non enchaînés, non torturés, libres, oui, de communiquer, par Internet ou autrement, de lire ou pas, ce que nous désirons, d'espérer légitiment des lendemains meilleurs. Libres surtout d'être, dans la mesure de nos moyens, les possibles acteurs de la libération de ceux qui ne le sont pas...

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