Partager l'article ! "A une heure incertaine": Depuis quelques temps, quand le sommeil me fuit, me reviennent, lancinants, des vers que Primo Levi publia en 1984 ...

Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
Depuis quelques temps, quand le sommeil me fuit, me reviennent, lancinants, des vers que Primo Levi publia en 1984
"Depuis lors, à une heure incertaine,
Cette souffrance lui revient,
Et si, pour l'écouter, il ne trouve personne,
Dans sa poitrine brûle, le coeur lui brûle."
Primo Levi décrivait ses malheureux compagnons, vivant le même enfer, noyés dans le brouillard de l'oubli, fantômatiques présences déjà désincarnées. Il rajoutait
"Arrière, hors d'ici, gens submergés,
Allez-vous-en. Je n'ai supplanté personne,
Nul n'est mort à ma place. Personne. Retournez à votre brouillard.
Ce n'est pas ma faute si je vis et respire,
Si je mange et je bois, je dors et suis vêtu."
Vivre sur un mausolée. Vivre en ayant toujours en arrière plan ce sentiment d'être plus que tout autre responsable de ce que l'on crée, génère, induit. Comment construire sa propre identité, laisser ses propres traces, originales par essence et non originelles? Voilà ce qui me poursuit pendant ces nuits d'acuité et d'éveil. Primo Levi, mais aussi tant d'autres, revenus transmués d'une expérience qu'ils n'avaient choisi de vivre, me redonnent force et vigueur, quand parfois je suis tentée de renoncer à poursuivre au-delà de "cette heure incertaine". Alors, je songe à Vous, que j'ignore encore, Vous. Ami, Amour, rencontre en devenir de création. Vous, pour qui j'écris, sans Vous imaginer cependant, puisque Vous êtes la promesse de l'aube. Et ce rendez-vous que nous avons, à une heure incertaine, illumine ce moment de fragilité existentielle, puisque notre rencontre est déjà inscrite en filigrane, quelque part, dans l'espace et le temps.
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