Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Rassembleur  d'Etincelles -

Un écrivain journaliste partage avec vous son univers, ses passions, ses coups de griffe à l'actualité et sa passion de la musique des mots

Afin que Ganesh sorte de la jungle..

Publié le 4 Février 2007 par Sarah Oling in ENTRE VOUS ET MOI... LES MOTS DU LIEN

Voici près d'un an que le manuscrit de mon dernier roman est achevé. "Le sceau de Ganesh" (titre provisoire en attente de l'éditeur qui le légitimera ou pas) est pour moi un marqueur de ma vie d'écrivain. Il y a un avant et un après son écriture. Ganesh  a été passage  entre une écriture en souffrance, héritière d'une quête d'un enracinement mémoriel et la libération d'un imaginaire trop longtemps bridé. Je sais la logique commerciale qui préside à l'élection d'un manuscrit par un monde éditorial frappé de plein fouet par les lois du marché. Je ne peux cependant me résigner à me penser en terme de produit marketing. En clair,  j'ai des lecteurs, assez nombreux si j'en crois les échanges que j'ai avec eux. Certains me sont précieux parce qu'ils m'encouragent inlassablement à poursuivre, attendant la sortie de chacun de mes livres avec un réel désir. Ceux à qui j'ai confié ce manuscrit, dont un ancien directeur de collection d'une maison d'édition, ne comprennent pas l'indifférence et ce que je ressens comme une forme de mépris des éditeurs à qui je l'ai envoyé. J'emploie un terme fort, mépris, parce que je n'ai reçu jusqu'à présent que des lettres type, indiquant que manifestement ce manuscrit n'avait pas été lu.  Juste parce que je vous sais attentifs , je vous joins quelques lignes du Sceau de Ganesh, en forme de bouteille à la mer... Je crois aux miracles...

(...)Un chien joyeux et matinal avait décidé de prendre le sari de Shani comme jeu de plage. Sortie de sa rêverie en sursaut, elle gronda gentiment l’animal, qui s’éloigna en gambadant. Le soleil se faisait plus insistant, signant là le moment de remonter vers la maison pour s’occuper de Tim. Shani se secoua longuement pour faire tomber le sable qui la recouvrait. Elle avait retrouvé son âme guerrière. En remontant l’allée de jasmins, elle croisa la vieille Lala, revenue à leur service depuis le départ des Phandun à Londres. Visiblement la gouvernante la cherchait

 -Shrimati ! Une nouvelle lettre est arrivée de Londres… J’en fais quoi ? Je la donne à Timmy ?

-         Lala ! Je t’ai déjà dit de t’exprimer correctement !  Que t’avait appris Shrimati Dita ?  Bon ! Donne-moi cette lettre et cesse d’appeler Tim « Timmy » ! Ce n’est plus un enfant, tout de même…

 Lala perdant un instant son sourire, fouille dans une poche de son tablier, en grommelant quelques mots en tamoul. Elle en extrait la lettre, qu’elle remet à Shani. Puis, visiblement vexée, elle s’éloigne dans l’allée, les yeux rivés sur ses sandales.

Shani regarde l’enveloppe, puis le timbre, à l’effigie du roi Georges VI. Elle fait mine de cracher sur la lettre puis se ravise. « Continue d’écrire, petit pigeon, ton heure viendra… » Murmure-elle, tout en tournant nerveusement l’enveloppe dans ses mains. Un noyau d’olive, jeté sur sa tête par un petit singe juché sur le rebord d’une fenêtre, la fait sursauter. Levant la tête, prête à invectiver l’intrus, elle ne peut s’empêcher de rire au spectacle qui s’offre à elle. Le singe, grimpé sur l’épaule de Tim, lui adresse une énorme grimace. Tim, lui, un foulard sur la tête, mime la vieille Lala en train de déguster une olive.

-         Te voilà bien joyeux, jeune homme !  D’où me vient celle belle humeur ?

 -        Shani ! Monte vite ! J’ai quelque chose à te dire !

 Quelques instants plus tard, assise sur le lit de Tim, la lettre à la main, Shani écoute son cher garçon lui répéter ce que le vieux maître de l’Ayurvéda vient de lui annoncer. Il va pouvoir remarcher bientôt et peut-être danser à nouveau. Le « peut-être » du médecin avait été balayé d’un revers de main. Les longues et éprouvantes séances nécessaires pour redonner forme et force à son pied mutilé également. Tim voyait enfin son unique raison de vivre reprendre corps

-         Danser ! Mamy Shan, tu entends ! Je vais pouvoir danser, comme avant, mieux même !  Je veux que tu fasses venir toute la troupe ici, vite, ce soir, tout à l’heure, maintenant ! Il faut aussi écrire à Allan.

Tim Bopel, heureux pour la première fois depuis si longtemps, serrait dans ses bras sa presque mère. Tous deux riaient, s’embrassaient, distanciant ainsi, du moins le croyaient-ils, l’ombre de Kâli

Il fallut cependant donner la lettre à Tim. Il fallut assister à la lecture de cette lettre, puis calmer le jeune homme, lui lisant à voix haute cette maudite missive. « Mais quels sont les liens qui unissent ces deux-là ? » Se demandait Shani, le cœur brûlant de rage contenue.  Le courrier datait du 15 octobre 1938. Il avait été posté de Londres.

 (Extrait du Sceau de Ganesh)

Commenter cet article