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Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
Nous sommes tous en quête de lien, familial, social, identitaire, religieux...Il y a chez l'Humain cette évidente nécessité de se rattacher à un histoire, dans laquelle il peut se reconnaître, ou se dénouer, mais qui le constitue originellement dans ses choix et ses rejets. Cette faille du lien, comme nombre de ceux qui, par les aléas de l' Histoire ou de leur trame individuelle, s'en sont vus spoliés, m'a rendue depuis toujours "équilibriste"de ma propre vie. Manque de lieu où poser une mémoire familale, de référent pour authentifier ce qui me semble trop original dans mes aspirations et mes envolées lyriques.
Pourquoi aujourd'hui j'en viens à poser cette réflexion? Pour un simple mail reçu il y a quelques jours, soulevant l'espoir que ma lignée, celle des Manaster Oling, ne s'arrêtait peut être pas à mon frère et moi, que les enfants de mon frère auraient un autre pan de leur histoire à constituer. Ce possible maillon familial, venu d'Israël, quelqu'un qui à la mort de sa mère, née Manaster, a voulu partir à la recherche d'éventuels autres maillons de cette chaîne en partie brisée, a soulevé un flot de nostalgie en moi. Nostalgie de cette Pologne du shttetl, ce village juif, où vivaient les miens avant le grand chaos, et que je ne matérialiserai jamais. Absence de Mala Esther, ma douloureuse mère, que je n'ai jamais connue ancrée dans ce monde-ci, mais l'esprit perdu , resté dans cet ailleurs ignoré de moi. Absence des Manaster, père, mère, frères et soeurs de mon père, dont je suis à jamais privée de la simple évocation de leur présence vivante.
Absence est un mot qui m'est familier et dont, pourtant, je refuse la fatalité de son évocation. Les absents de notre vie, pour autant qu'on se laisse le choix d'un peu de légèreté et de bonté pour soi-même, peuvent être force et lumière pour avancer vers la rencontre d'infiniments présents et vivants qui ne demandent qu'à faire nouveau lien, solide et puissant. Vivre avec des fantômes obscurcit la beauté d'Aujourd'hui et la promesse de Demain. Laisser la place aux vivants n'est pas nier ceux qui nous constituent mais leur redonner leur vraie place, mémorielle et non mortifère.
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