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Rassembleur  d'Etincelles -

Un écrivain journaliste partage avec vous son univers, ses passions, ses coups de griffe à l'actualité et sa passion de la musique des mots

Un monde désenchanté?

Publié le 26 Novembre 2006 par Sarah Oling in ENTRE VOUS ET MOI... LES MOTS DU LIEN

Hier, avec quelques auteurs de l'Union des Ecrivains Rhône-Alpes, j'étais invitée au Salon du Livre "Plume de Lune" organisé par la ville de Tassin la Demi-Lune. Cette année Plume de Lune honore un des pères fondateurs de la francophonie, Léopold Sédar Senghor.

 Ces salons sont toujours un bonheur, ce sont les temps forts de la rencontre avec d'autres écrivains et, surtout,  avec des lecteurs. Ces échanges donnent force et vie à l'acte d'écrire, qui demeure toujours pour moi abstraction de la réalité, pour que l'imaginaire puisse déployer ses ailes en toute liberté.

 Hier donc, un rencontre, particulièrement, m'a déstabilisée. L'homme qui se tenait devant moi semblait intéressé, non par mes livres, mais par le dossier de presse posé à côté. La conversation s'engage. Il me dit qu'il est enseignant, de lettres et qu'il aurait rêvé d'être écrivain. Je lui avoue que l'enseignement m'a toujours attirée. Puis il me demande abruptement si je crois vraiment que mes interventions dans les lycées et les collèges ont un sens. Que de parler de la Shoah à des jeunes qui ne s'intéressent qu'aux jeux vidéos et aux joueurs de foot , n'est-ce pas essayer de vider la mer avec une cuillère? Que lui se ressent comme désenchanté, face à ses élèves qu'il qualifie d'apathiques. Je lui réponds qu'il serait étonné de voir la réaction des jeunes que je rencontre, auquels je ne parle d'ailleurs pas que de la Shoah, qui n'est qu'une passerelle pour atteindre la rive de leurs propres interrogations. Qu'à partir de l'évocation de l'histoire de ma famille, du fait d'être une fille de déporté, j'ouvre un espace de libération d'une parole, pour ces jeunes qui ont besoin de parler d'eux. Que je ne compte plus le nombre de fois où des élèves, à qui je laisse mon adresse mail, m'écrivent pour me raconter ce qu'ils n'ont jamais pu dire à personne. Je lui dis que je me souviens particulièrement d'un garçon de 16 ans,  mutique pendant mon intervention dans sa classe et, d'après ses camarades, peu communicatif. Le soir même, il m' envoyait un mail bouleversant, évoquant la mort de sa mère sous ses yeux, à coups de machette. Cet adolescent Rwandais, je l'ai appris plus tard, a peu à peu réapprivoisé la parole. Et  cela,à mes yeux, justifiait largement le temps passé avec ces jeunes.

Mon interlocuteur m'a regardée un instant, l'air las, puis est parti. Il est réapparu une heure après, toujours sans prêter attention à mes livres. Et ce qu'il était revenu me dire  m'a bouleversée, non par le sens même de ses propos, mais par le sentiment de résignation avec lequel il les a prononcés. "Je ne crois pas à votre vision angélique de la société. J'ai perdu ma foi dans l'Homme. Je suis persuadé que si Zinnédine Zidane se présentait aux élections présidentielles, il serait élu"...Puis il est reparti, ne me laissant pas même le temps de lui répondre.

Je sais que je n'ai pas le pouvoir de réenchanter le monde, mais je sais également  que je ne pourrais plus me respecter si je n'essayais pas de transmettre à ces jeunes des graines d'espoir. Qu'ils deviennent les jardiniers de ces graines, qu'ils les cultivent avec passion, ce serait la réponse que je n'ai pu apporter à cet enseignant désenchanté.

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Christine 26/11/2006 13:01

Pas etonnant que ses eleves soient apathiques si il enseigne sous Prozac ! Je ne sais pas ce qui est le plus derangeant, le desenchantement et le manque de motivation du personnage ou sa condescendance envers ceux qui ne baissent pas les bras et son mepris pour son metier et ses eleves. Ce devrait un motif de licenciement pour un enseignement. Ah mais j'oubliais, il est fonctionnaire...