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Rassembleur  d'Etincelles -

Un écrivain journaliste partage avec vous son univers, ses passions, ses coups de griffe à l'actualité et sa passion de la musique des mots

Double enfermement.

Publié le 19 Novembre 2006 par Sarah Oling in ENTRE VOUS ET MOI... LES MOTS DU LIEN

Que penser de la situation des prisons en France? Que conclure lorsque j'entends ici ou là définir notre système carcéral comme étant "la honte de la République"? Que celui ou celle qui n'a pas respecté l'ordre, la morale ou la vie d'un autre que lui soit jugé, puni et privé momentanément de sa liberté et de ses droits est légitime. Toute société à le devoir de se protéger . Mais doit-elle le faire en perdant son âme? Les prisons doivent-elles être des machines à broyer l'humain que l'on enferme, au risque de lui ôter à jamais toute possibilité de rédemption en lui enlevant sa dignité?

 Est-ce honorer notre institution pénitentiaire que de rendre la prison si déshumanisée qu'elle en devient pathogène, générant chez certains un tel désespoir qu'il les pousse au suicide?  N'est-ce pas se grandir que de favoriser la réinsertion de ceux qui peuvent peut-être encore l'être?  Il y a dans nos prisons des individus dangereux, irrécupérables, pour qui la mise à l'écart est la seule alternative ensisageable. Mais ce n'est qu'une petite partie des 57 000 prisonniers actuellement détenus en France.

Je sais que ce débat est polémique.

Je comprends, pour avoir une particulière sensibilité impliquée, ce que peut être le sentiment de ceux qui se sont vus enlever un enfant, tuer un être cher, violenter un proche. On voudrait que l'être vil et abject qui a commis cet acte qui nous touche intimement soit brisé, définitivement écarté à tout le moins. Mais vient un temps où le pardon, ou, s'il est impossible, une forme de volonté de dépassement, peut nous faire envisager autrement la condition de celui qui est mis à l'écart, non pour lui, pour son bien-être à lui, mais simplement pour notre propre chemin de vie.

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Jean-Claude BOULLIAT 22/11/2006 19:58

Bonjour Sarah
Je suis depuis longtemps marqué par ces mots de Raskolnikov dans "Crime et Châtiment", après son crime et la réflexion sur son crime dans la lumière de l\\\'amour de Sonia : "On n\\\'a jamais le droit de tuer, ni le coupable, ni l\\\'ennemi, ni l\\\'être qui semble le plus méprisable . Toute âme, si basse soit-elle, dans un corps même hideux, cela fait encore une vie ..." . Mais si l\\\'on n\\\'a pas le droit de tuer je pense que l\\\'on a le droit de punir car la souffrance morale de la punition peut provoquer la réfexion et le réveil de la conscience . Mais punir sans humilier car l\\\'humiliation est aliénation, négation de l\\\'humain, double enfermement dans les mitards de la souffrance et de la régression . Et laisser agir le levier du temps et celui de l\\\'esprit qui au fil des saisons nous transforment et peuvent ranimer en nous jusqu\\\'à la dernière braise de nos âmes aveugles ou meurtries ...Dans les  prisons de nos obscurités individuelles et collectives il n\\\'y a bien souvent que des êtres humiliés...
 Par mails séparés je te fais parvenir les deux dernières revues de presse réalisées par les animateurs de la campagne "tropctrop" .
Jean-Claude

Nanne 20/11/2006 11:46

Bonjour Sarah,
Je viens de découvrir votre blog au cours d'un vagabondage dans la sphère d'overblog. Je suis touchée par ce que vous écrivez, par votre parcours, par la justesse des mots employés. Vous parlez de double enfermement, de mémoire. A lire votre histoire personnelle, je comprends mieux votre engagement pour des personnes privées (justement ou injustement) de liberté.
Certes, le débat est polémique, comme vous le rappelez. Doit-on pour autant les amender de leurs actes, les absoudre d'une faute - parfois impardonnable - commise sur autrui ? N'est-ce pas victimiser les coupables ? Je sais qu'il faut deux poids, deux mesures, mais comment demander à des victimes (réelles, celles-ci) de réargir autrement que par un désir de punition légitime et nécessaire pour faire un travail de deuil ? Puisqu'il s'agit du travail de deuil dans la punition. Je sais qu'on peut pardonner, mais sans oublier. Mais il faut du temps et de la patience....
A bientôt,