Partager l'article ! Ma rencontre avec Mère et Pondichéry: Je me souviens de mes vingt ans sans lumière, à chercher un début de sens &agra ...
Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que
journaliste, la mémoire et le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un
rôle essentiel dans ma vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble
devenir archive, puis réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Mars 2012
Je me souviens de mes vingt ans sans lumière, à chercher un début de sens à ce qui me semblait une malédiction familiale. Pourquoi de ce qui fut, je le sais aujourd'hui, une souche riche, les Szotland et les Manaster, mes deux branches, il ne restait à ma naissance que quelques rameaux blessés? Je cherchais quelle faute originelle avait commis ma lignée, pour qu'elle se vit ainsi abstraite de toute re-naissance. J'étais alors rebelle, violemment rebelle, mais sans matière pour étayer cette rébellion, juste dans le "bruit et la fureur". J'écrivais déjà, dans de grandes envolées lyriques, des poêmes brûlants de révolte, que je détruisais dans la foulée, sans rémission. Puis vint après de longues années d'apprentissage l'espace d'un cheminement, d'un souffle de compréhension de la raison pour laquelle l'écriture m'avait été "matricielle", avant de devenir libératrice. Je venais de découvrir à la mort d'Esther, ma mère , de petits carnets écrits d'une plume fiévreuse, qui dataient de sa propre jeunesse. Elle citait, entre autres, Vivekânanda, et je me souviens m'être sentie en résonance pour la première fois avec cette jeune fille de 25 ans qui écrivait "La vie que nous menons, nos aspirations, nos efforts, nous les avons vécus bien des fois. Notre passé et notre avenir sont liés ..." Ainsi, cette mère mythique, qui ne s'était jamais révélée autrement qu'absente, habitée par des fantômes dont elle croyait entendre les voix, avait été exaltée, idéaliste et bouddhiste...
Et c'est grâce à cette jeune fille, à qui il fut si peu donné d'être ma mère, que cette idée-là, d'une autre approche du monde, dans l'apaisement et l'apprentissage de la tolérance, grandit, s'enracina, jusqu'à une autre rencontre, fondatrice de l'écriture du Sceau de Ganesh". Mirra Alfassa, celle que l'on nomme "Mère", qui, aux côtés de Sri Aurobindo, dans l'ashram de Pondichéry qu'ils ont créé et développé dès 1926, créa avec lui une école de pensée autour de la supra-conscience de l'Homme. Elle n'a cessé depuis ma première approche de ses écrits d'être source et évolution dans ma vie. Je dis souvent que peu importe le chemin que l'on prenne et le temps que l'on mette à le trouver, pourvu qu'il vous conduise vers ce qui donne un sens à votre quête. Et je sais aujourd'hui que , même si je suis encore bien loin d'avoir accompli une révolution intérieure, comme Mère en fut pour moi l'exemple, je suis la somme de tous les êtres qui ont habités un temps mon espace. Chaque rencontre porte en elle les germes d'un possible renouveau. Et nous sommes les jardiniers de cette féconde manne
Lorsque tous les personnages de mon dernier roman sont venus à moi, je n'en reconnaissais aucun. Tim, Allan, la vieille Lala, l'intouchable, ou Shani l'intrigante hantée par Kali, ce Dieu Ganesh et ce récit que j'ai situé en grande partie à Pondichéry, sont une illustration à mes yeux que rien n'est figé dans notre existence. Je ne savais écrire que dans une plume trempée à l'encre de la souffrance. Et me voilà porteuse d'une histoire indienne foisonnante et colorée! Je ne sais si Mère ou Sri Aurobindo ont inspiré une trace infime de mon écriture, mais il me plaît de le croire...comme il me plait de croire qu'Esther, ma propre mère, quelque part dans cet indéfini infini, sourit, peut-être, de cette moisson en devenir...
Sarah
Je suis tombé sur votre site en faisait une recherche sur les écrits de Mère.
Je vais suivre votre "aventure" de très près.
Bonne continuation.