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Rassembleur  d'Etincelles -

Un écrivain journaliste partage avec vous son univers, ses passions, ses coups de griffe à l'actualité et sa passion de la musique des mots

Je ne me souviens pas de Vous...

Publié le 28 Avril 2006 par Sarah Oling in FIL ROUGE..

Le 24 avril dernier, jour de la commémoration du génocide arménien, veille de Yom a Shoa, je me trouvais au coeur de la foule, en grande partie arménienne, venue assister à l'inauguration du mémorial désormais installé Place Antonin Poncet à  Lyon. Et je pensais à Vous, dont je n'ai aucun souvenir...Ce génocide nié par la Turquie depuis 1915, bafouant ainsi la mémoire des souffrances atroces subies par des millions d' arméniens n'a rien effacé dans le coeur de leurs proches. Chaque famille arménienne porte en elle les éclats de ces soleils brisés, hommes, femmes, enfants, détruits parce que "mal nés". Cette histoire-là, cette tragédie d'être nés du mauvais côté de la frontière de ceux qui détiennent les règles, est aussi celle de ma famille, comme celle de cambodgiens, de rwandais, et de tant d'autres. Mais une tragédie, même partagée, n'en absout pas le sentiment poignant d'avoir été amputé d'une part intime de la destinée de sa fratrie...

Et je pense à Vous, que je ne connaîtrais jamais, dont je n'ai qu'une unique photo comme dérisoire mémorial. Vous, mes grands-parents, mes oncles, mes tantes, mes "inconnus à toute adresse", qui me manquez cruellement. Est-ce de l'un d'entre vous que je tiens cette passion des mots? Qui de vous était gaucher? Qui d'entre vous a fait de moi une rebelle au sourire dégainé comme une flèche pour me protéger contre des intrusions trop "profanes"? Duquel d'entre vous ai-je hérité de cette immédiate affinité avec les maîtres tibétains? Tout ce qui me constitue, mes doutes et mes envolées lyriques, la passion que je mets dans mes convictions,  cet héritage dont ceux qui en sont la genèse m'ont laissée violemment orpheline dès ma propre naissance, m'ont donné cette constante exigence d'accomplissement sans failles de ce que j'appelle mon "devoir d'humain". Mais me reste toujours ce manque, impossible à combler, de ne pouvoir me souvenir de Vous, qui n'avez laissé trace que dans mon coeur, puisque il ne Vous a même pas été accordé une sépulture, Vous, mes si proches non connus,  qui avez disparus à "Pitchi Poï"... C'est pour Vous tous que j'avance, avec courage et détermination, pour accomplir une parcelle de ce vaste chantier dont vous avez été spoliés.

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