Partager l'article ! "Le monde de Matriona"...: Un monde où Tbilissi ne serait plus le nom d’une ville synonyme de violence et de désolation, où le train menant ...

Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
Un monde où Tbilissi ne serait plus le nom d’une ville synonyme de violence et de désolation, où le train menant à
Lhassa se peuplerait d’une cohorte harmonieuse de voyageurs chinois et tibétains, partageant la même attente d’une vie meilleure.
Un monde où Matriona, dans sa maison, attendrait le retour d’Alexandre Soljenitsyne pour le soir-même, son chat bancal assis sur ses genoux, le thé noir et fort, tel qu’il aimait à le partager
avec elle, infusant dans le vieux samovar.
Si Matriona, oublieuse de sa vie misérable, était à même d’accueillir sous son toit un homme presque aussi démuni qu’elle, Soljenitsyne n’était alors, en 1953, qu’un Zek, un ancien du
goulag, pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant ? Une tasse de thé, une parole vibrante pour un ami qui se blesse aux aspérités de l’existence, un mot trop vif retenu de justesse… De
modestes actes au regard de la désespérance du monde, mais qui peuvent changer la donne, là, dans l’instant de la présence à ces actes, en les revêtant d’une réelle bonté d’intentions. Imaginons
que cela devienne contagieux…
Que la bonté ne soit pas qu’un vague concept à la connotation simpliste ou religieuse. Je veux croire à la contagion du bien. Il y a partout des
Matriona au cœur pur…"
Et parce que Soljenitsyne a fait partie de mes « éveilleurs », je cite là les derniers mots de son récit
« La maison de Matriona »
(Recueil de trois nouvelles, Julliard, 1970)
"...elle n'avait pas accumulé d'avoir pour le jour de sa mort. Une chèvre blanc sale, un chat bancal, des ficus... Et nous tous qui vivions à ses côtés, n'avions
pas compris qu'elle était ce Juste dont parle le proverbe et sans lequel il n'est village qui tienne. Ni ville. Ni notre terre".
Joies simples et profondes qui font ressembler ces bonnes heures au bonheur que nous avons cherché dans la lumière du jour . Oui, l'ombre du bonheur est là, près du samovar, du thé trop chaud et trop noir .
Jean-Claude