O.N.I. Objet narcissique identifie
L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...
Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières. Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire, non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?
Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.
Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.
D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.
Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.
Sylviane Sarah Oling LYON
Ce matin sur ma terrasse, en totale vacuité, je regarde dormir mes deux félins, apaisés après une nuit ponctuée de
folles poursuites. La tête de Lily lovée dans les replis du ventre de Tommy. Antagonistes dans le jeu, séparés par dix bonnes années, dix années voyageuses pour le vieux Tom, que je ramenais
d’Israël avec Jerry, un autre matou errant, disparu depuis. Tommy, attaché à ce semblable si fortement qu’une réelle tristesse a perduré dans son
comportement pendant de longs mois. Capable cependant d’être bon compagnon avec un autre semblable à lui imposé. .
Fixant les nuages nombreux, essayant d’arrêter leur course,
je songe à mes propres semblables, parents, compagnons, amis, abstraits de ma quotidienne vision. Les toucher, me serrer dans leurs bras, un instant,
par la pensée. Cela, cette sensation là, me comble d’un doux sentiment. Chassant la mélancolie de ce gris dimanche. Notre mémoire émotionnelle est vive et forte. Rien ni personne ne disparaît vraiment. Si l'on a semé des petites pierres
de lune pour tracer le chemin.
Un extrait d’un texte bouddhiste me revient alors « Dans le cycle de nos existences, au cours de nombreuses renaissances et parfois en une seule vie, tout change continuellement. Il ne
peut y avoir aucune certitude. Même notre bonheur ne fait que passer. Tout ce qui est nôtre est livré à l'impermanence. Rien de ce que nous considérons être réel n'est
permanent. ».
C’est pourquoi nous nous devons à nous-mêmes d’être des infatigables créateurs de liens. Des liens qui nouent délicatement les êtres, mais ne les entravent pas. Pour qu’ils composent une
symphonie mémorielle douce et belle que l’absence même n’effacera pas.
Commentaires