O.N.I. Objet narcissique identifie
L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...
Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières. Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire, non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?
Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.
Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.
D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.
Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.
Sylviane Sarah Oling LYON
Couvrant de mots fiévreux mes indignations « confortables », au regard des tragédies qu’elles évoquaient, de
nombreux articles sur ce site, je me suis trouvée un matin dans l’incapacité littérale d’aligner trois lettres qui fassent sens.
La non libération d’Ingrid Betancourt, le peuple tibétain luttant légitimement pour son identité cultuelle et culturelle, la révolte des Birmans noyée sous des flots de boue, aujourd’hui la Chine
et ses milliers de morts…Que suis-je ? Qui suis-je ? Pour me croire investie d’un minuscule et dérisoire pouvoir d’intervention, par mes quelques mots jetés à la force du vent
virtuel…Lorsque j’étais « sur le terrain », je me souviens encore de la terrible culpabilité qui m’avait violemment secouée, alors qu’en avril 2001, la rue Jubin à Villeurbanne,
« ma » rue, venait d’exploser. Je tenais dans mes bras l’un des pompiers qui devait mourir peu après.
Ce même sentiment terrible d’être acteur et spectateur à la fois, m'a étreint à plusieurs reprises, lors de mon travail de journaliste. Dire la tragédie, ne pouvoir ni la contrer, ni la
distancier... Les angoisses de l’enfance reviennent alors. Celles de mes cauchemars. Ceux plus particulièrement, qui me projetaient dans un Auschwitz
grouillant de cendres et de cris, à la recherche de mon père, incapable de trouver son baraquement. J’y rencontrais d’autres présences erratiques, des êtres sans regard, qui me tendaient les bras
et que je ne pouvais saisir.
L’enfant que j’étais ne sauva personne. Et la déportation de ma famille a cessé d'être une une histoire personnelle, à moi seule arrivée, le jour où j'ai ouvert l'espace de mes actes
et de mes pensées à une forme de compréhension plus universelle de la fraternité des souffrances et du bonheur. Pourtant, pourtant, mes mots aujourd’hui me semblent de bien fragiles armes.
Alors, souvent, je suis « un cri qui doute ».
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