O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

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ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Dimanche 30 mars 2008

Juste en cet instant,quelques mots jetés en offrande à ce magnifique hasard auquel je refuse de croire…

Vendredi matin, à la Foire de Lyon. Venue pour visiter le pavillon de l’Inde, venue sans savoir que Raghunath Manet se produisait ce jour-là. Le danseur adulé autant par les Indiens que par un public hétérogène, par essence peu familier des codes de la danse indienne. Une star. Terme qu’aurait abhorré son maître, Ram Gopal, dont il est le fils spirituel et duquel il reçu les enseignements du bharata-nâtyam.

 Ram Gopal…Et je comprends soudain que, décidément non, le hasard n’est pas convié ce jour-là. C’était en 1998. Je venais de rentrer d’Israël. Laissant momentanément mon travail de journaliste de côté, je me lançais dans une mission d’attachée de presse pour une compagnie de théâtre. C’est ainsi que je rencontrais un réalisateur, Denis Lazerme, avec lequel je nouais rapidement des liens d’amitié. Il venait de terminer un film sur et avec Ram Bopal et projetait de partir à Bangalore, avec moi, si je le souhaitais, pour rencontrer de nouveau le maître, déjà très âgé.

Ce documentaire, flamboyant, « Rien qu’un Soleil », je l’intégrais au plus profond de mon être. C’était l’Inde, déjà, Pondichéry, la danse indienne, le kathakali, entre autres, qui peu à peu, habitèrent un espace protégé de ma mémoire. Nous ne pûmes aller à Bangalore,  à la rencontre de Ram Gopal, malade, épuisé même, mais je garde encore le souvenir de la conversation téléphonique que j’eus avec lui, du souffle mystérieux de sa voix, dont je ne puis aujourd’hui m’empêcher de penser qu’il fut inconsciemment à l’origine du manuscrit que j’achevais récemment. Qui se passe en Inde, à Pondichéry, entre autres, et qui raconte l’histoire de deux danseurs de kathakali. Qui, comme Raghunat Manet, voulurent moderniser cette danse, mais qui, eux, le payèrent de leur vie.

J’attendis que Raghunat descende de scène pour saluer son public. Puis il accepta l'entretien que je sollicitais et nous eûmes un bel échange, évoquant, entre autres,  son maître, qu’il rencontra à Londres, presque à la fin de sa vie. Partagea un temps et un espace sacré, celui de la transmission du maître au disciple. Notion chère à Ram Gopal. Il était à ses côtés, aux derniers instants, à Bangalore, pour l’accompagner de « l’autre côté du miroir ». Et Ram Gopal est désormais présent spirituellement à chaque acte sacré de sa vie. La danse en est un. .

Lorsque j’ai quitté Raghunat Manet, j’entendais de nouveau la voix de Ram Gopal et je ressens désormais que ce livre que j’ai écrit, en croyant qu’il venait de mon seul imaginaire, porte en filigrane la résonance de cette voix. Et que ce livre sera publié. Parce qu’il en est ainsi.

 

 

 

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