Partager l'article ! Rencontre avec Raghunath Manet, le maître du bharata-nâtyam. Hasard ou destinée...: Juste en cet instant,quelques mots jetés en offrande à c ...

Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
Juste en cet instant,quelques mots jetés en offrande à ce magnifique hasard auquel je refuse de croire…
Vendredi matin, à la Foire de Lyon. Venue pour visiter le pavillon de l’Inde, venue sans savoir que Raghunath Manet se produisait ce jour-là. Le
danseur adulé autant par les Indiens que par un public hétérogène, par essence peu familier des codes de la danse indienne. Une star. Terme qu’aurait
abhorré son maître, Ram Gopal, dont il est le fils spirituel et duquel il reçu les enseignements du bharata-nâtyam.
Ram Gopal…Et je comprends soudain que, décidément non, le hasard n’est pas convié ce jour-là. C’était en 1998. Je venais de rentrer d’Israël. Laissant momentanément mon travail de
journaliste de côté, je me lançais dans une mission d’attachée de presse pour une compagnie de théâtre. C’est ainsi que je rencontrais un réalisateur, Denis Lazerme, avec lequel je nouais rapidement des liens d’amitié. Il venait de terminer un film sur et avec Ram Bopal et projetait de partir à Bangalore, avec moi,
si je le souhaitais, pour rencontrer de nouveau le maître, déjà très âgé.
Ce documentaire, flamboyant, « Rien qu’un Soleil », je l’intégrais au plus profond de mon être. C’était l’Inde, déjà, Pondichéry, la danse indienne, le kathakali, entre autres, qui peu
à peu, habitèrent un espace protégé de ma mémoire. Nous ne pûmes aller à Bangalore, à la rencontre de Ram Gopal, malade, épuisé même, mais je garde
encore le souvenir de la conversation téléphonique que j’eus avec lui, du souffle mystérieux de sa voix, dont je ne puis aujourd’hui m’empêcher de penser qu’il fut inconsciemment à l’origine du
manuscrit que j’achevais récemment. Qui se passe en Inde, à Pondichéry, entre autres, et qui raconte l’histoire de deux danseurs de kathakali. Qui, comme Raghunat Manet, voulurent moderniser
cette danse, mais qui, eux, le payèrent de leur vie.
J’attendis que Raghunat descende de scène pour saluer son public. Puis il accepta l'entretien que je sollicitais et nous eûmes un bel échange, évoquant, entre autres, son maître, qu’il rencontra à Londres, presque à la fin de sa vie. Partagea un temps et un espace sacré, celui de la
transmission du maître au disciple. Notion chère à Ram Gopal. Il était à ses côtés, aux derniers instants, à Bangalore, pour l’accompagner de « l’autre côté du miroir ». Et Ram Gopal
est désormais présent spirituellement à chaque acte sacré de sa vie. La danse en est un. .
Lorsque j’ai quitté Raghunat Manet, j’entendais de nouveau la voix de Ram Gopal et je ressens désormais que ce livre que j’ai écrit, en croyant qu’il venait de mon seul imaginaire, porte en filigrane la résonance de cette voix. Et que ce livre sera publié. Parce qu’il en est ainsi.
L'ignorant est toujours vexés d'avoir tort, car il a toujours tort d'essayer d'avoir raison devant des fidèles qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu'ils n'ont pas tort. Aussi j'espère sincèrement que cette fois-ci tu passeras de l'espoir à la reconnaissance.
Jean-Claude