Partager l'article ! 15h. un dimanche de canicule: De ma fenêtre j'aperçois un enfant, ivre de chaleur et d'ennui, assis à l'ombre illusoire d'un arbre triste. ...

Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
De ma fenêtre j'aperçois un enfant, ivre de chaleur et d'ennui, assis à
l'ombre illusoire d'un arbre triste. Seul. Sa solitude me questionne. Fait echo à la mienne, dans l'instant. La mienne. Habitée par des visages, des bribes d'histoires anciennes qui tentent de
faire sens.
Près de moi, posés sur mon bureau, des objets dans leur coutumière disposition, nécessaires à l'écriture. Mes "pierres de lune", protectrices parce qu'offertes avec de nobles intentions. Un portrait de mon père, juste avant que les corbeaux ne lui volent son sourire. C'est après ce vol-là pourtant qu'il rencontra ma mère, si belle, si "hors des mots"... Une solitude aussi, à deux. Avec un réel amour qui se tissa dans le temps bref de leur union, brûlant, vivant, dont des écrits de ma mère témoignent.
Que savons-nous de l'intime finalement? Lorsque nous n'en sommes que les spectateurs, même si nous sommes follement impliqués , traversés, par cet intime-là, celui de nos propres parents? Et cet enfant que j'aperçois de l'autre côté de mon univers, devenu presque minéral dans sa presque absence de mouvement, est-il en exil lui-aussi? Mais le voilà qui vient de se relever. Il court vers une femme vêtue de noir, mettant un terme à mes errances sur sa vie supposée.
Main dans la main, ils s'éloignent. Et je demeure. Avec un sentiment indéfinissable de gratitude envers l'existence . Qui m'a laissé une inaltérable conscience que demeurer, c'est témoigner de la persistance que tout n'est pas encore écrit... La canicule précède la pluie bienfaisante. Demeurer, c'est déjà être en mouvement...
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