Partager l'article ! Le jour où j'ai pu communiquer avec les arbres...: C'était en novembre, il y a neuf ans. Un matin lumineux et froid, comme aujourd'hui. Je part ...

Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
C'était en novembre, il y a neuf ans. Un matin lumineux et froid, comme aujourd'hui. Je participais au tournage d'un documentaire
dans les environs de Nantes. Depuis plusieurs jours, j'allais à la rencontre de femmes douloureuses, ayant vécu la perte de leur enfant. Je tentais d'être passerelle pour leurs mots
"empêchés" par la souffrance.
Ce matin-là, nous devions tourner dans la propriété d'une sage-femme. Jamais jusqu'à cette rencontre, je n'avais ressenti avec une telle évidence l'incarnation d'une fonction, ce que Marie
dégageait, cette sagesse-là. Elle était La Femme Sage. Quelques mots, les premiers de notre échange, comment expliquer... Nos deux animalités se confrontèrent avec une douce "re-connaissance".
Réceptacle impliquée de la douleur la plus absolue, j'en avais, depuis le début du tournage, oublié d'être dans un rapport intellectuel au monde. J'avais repris mon mode de fonctionnement
des temps d'urgence, ceux où l'animal en moi resurgissait, l'animal libre, instinct et confiance mêlés à la curiosité et à l'apprentissage. Une façon d'aborder l'Autre parfois, lorsque les mots
ont perdu leur sens d'évocation.
Et c'est ainsi, sans l'avoir cherché ni voulu, que Marie ressentit alors ma propre douleur . Son infinie sagesse, elle qui avait mis au monde tant d'absents ou de si peu présents que leur souffle
ténu n'avait pas duré, l'avait dotée d'une perception hors du champ de l'explicable. J'étais venue l'interviewer. Et c'est elle qui me fit "accoucher" de mots que j'ignorais posséder. Puis
elle me prit par la main. Je me laissais faire en confiance. Plus de mots. Rien que nos mains et le pas tranquille de Marie. Les mains de Marie prenant les miennes et les posant sur le tronc d'un
grand chêne. Depuis ce jour, chaque fois que je le peux, je vais "parler" avec les arbres. J'en reviens toujours, comme ce jour-là, le jour de Marie, apaisée et plus confiante dans le jour
d'après.
Alors, si un jour d'orage intérieur, vous acceptez de retrouver votre part animale, celle qui n'a pas besoin de mots pour structurer sa pensée, essayez, vous-aussi, de communiquer avec un arbre.
Qui sait...
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