Partager l'article ! « Ouvrez moi, ouvrez moi la porte… » Lettre ouverte d’un auteur de province à un éditeur parisien (mythique, forcément mythique).: J’a ...

Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
J’ai l’outrecuidance de vous envoyer mon dernier manuscrit, alors que je ne suis pas connue à Paris, à part de mes amis évidemment, et que je n’ai d’autre fait de gloire que quatre livres publiés à compte d’éditeur. Des éditeurs qui ne font pas partie du « sérail ». Oui ! Il existe en province des éditeurs exigeants, aimant passionnément leur métier, mais pour nombre d'entre eux sans moyens de diffusion et sans service de presse digne de celui dont vous disposez. Sans la confiance que nous font ces éditeurs, nous ne pourrions cependant jamais être publiés.
Pour nombre d’entre nous, pourtant, nos livres ne sortent pas des frontières de nos belles provinces. Sommes-nous, suis-je, sans talent pour autant ? Ce n’est certes pas à moi d’en juger. Mes précédents livres m’ont fait vivre de belles rencontres avec des lecteurs eux aussi exigeants. Le dernier publié a obtenu une reconnaissance littéraire. Cependant, je ne vous apprends rien en affirmant qu’il n’existe de véritable valorisation de notre travail que par la publication de nos ouvrages validée par le sceau d’un éditeur national.
Je ne me se positionne pas en martyr d’une cause. Je n’irai donc pas m’immoler par le feu dans un jardin du 6°arrondissement parisien, tout près du siège d’une de vos prestigieuses maisons. Je ne reproduirai pas non plus, dans une geste de tragédienne atteinte de démence passagère, un autodafé mémorable, ne m’autorisant à brûler que mes propres illusions perdues (je tiens trop à la littérature pour mettre le feu à des livres, quoique parfois, la lecture de certains d’entre eux provoque chez moi quelques pulsions …).
Non, je vais faire ce que je sais faire, écrire, encore et toujours ! Et continuer à vous envoyer mes romans en devenir parce que j’ai fait un rêve un jour et que, paraphrasant le Petit Prince, je suis devenue responsable de mes rêves. Le savez-vous ? Je ne demande rien d’autre que d’être lue par vous, pour être jugée à l’aune de mon univers littéraire. Alors et alors seulement, serai-je envoyée aux oubliettes des écrivains sans intérêt ou digne d’aller à la rencontre des lecteurs, que vous privez peut-être de quelque chose de précieux en ne m’accordant pas même le bénéfice du doute….
Quatre livres de publiés, deux autres achevés, en attente du précieux sésame, le vôtre peut-être, qui leur ouvrira la porte vers la lumière espérée. Un nouveau travail romanesque en chantier. Il m’est impossible de renoncer à frapper encore et toujours à votre porte.
Simplement impossible.
Sylviane Sarah Oling
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