Partager l'article ! "Haïti au crépuscule": Je me suis, depuis que j'ai découvert l'univers de l'écrivain et poète haïtien Jean Métellus, ressentie comme i ...

Depuis la violence de mon jeune âge, reliée tragiquement, comme tant d'autres d'ailleurs, à une des pages les plus sombres de l’histoire, je n’ai eu de cesse que de retrouver un peu d’humanité chez mes semblables. Aller à la rencontre des autres, des peuples, non pour leur transmettre une parole de reproche mais pour atteindre cette part de bonté contenue en chacun, a été, il est vrai, indispensable à ma survie.
Aujourd’hui, et après avoir parcouru le monde en tant que journaliste, la mémoire et
le travail ont fait leur œuvre ; l’âge et la sagesse ont fait le reste. De cette aventure est née l’écriture qui m’accompagne fidèlement depuis l’adolescence et joue un rôle essentiel dans ma
vie. Elle a été tour à tour, passeport d’évasion, puis traductrice de mémoire, mais aussi transmetteur de celle des autres. Et parfois, l’histoire évoquée jadis semble devenir archive, puis
réapparait un jour dans le cours de l’actualité.
C'est ainsi que je conçois mon travail d'écriture, sans me définir vraiment pour autant... Ecrivain journaliste? Journaliste écrivain? Ce qui m'importe avant tout, ce sont les chantiers en construction, les projets littéraires en attente du "sésame" d'un éditeur qui les mettra en lumière.
S. Oling Lyon Octobre 2011
Je me suis, depuis que j'ai découvert l'univers de l'écrivain et poète haïtien Jean Métellus, ressentie comme infiniment reliée à lui, par ces passerelles subtiles que créent les mots entre eux. Devant l'impossibilité que j'ai à exprimer l'état de sidération que provoque en moi l'anéantissement d'une partie de Port -au -Prince, j'ai voulu reproduire ici l'un de ses textes. Parce que ce qu'il exprime là est prophétique...
Haïti est aujourd'hui "au delà de la peur". Il n'existe aucun mot salvateur à offrir à ceux qui ont tout perdu. Mais la voix de Jean Métellus permet juste d'entrevoir ce "chant d'espérance" qui a permis aux Haïtiens de reconstruire à chaque fois leur existence.
(...) Tu déposeras ton regard sur ton voisin
Comme si tu voulais le faire renaître
Tu sortiras si tu es dans une chambre
Tu te pencheras à la fenêtre si tu es à la bibliothèque
Tu te recueilleras dans la foule si tu penses à moi
Tu méditeras sur l’Homme devant le premier passant venu
Tu méditeras aussi
Sur sa force, sur la terre qui le soutient, sur l’agitation de son esprit
Tu regarderas la plante
Qui s’enracine chaque jour plus profondément
Promettant de nouvelles feuilles
Tu regarderas les murs, les maisons
Ce petit garçon qui frappe dans un ballon
Cette femme très fière au bras de son mari
Tu tenteras d’entendre le concert de leurs sens, d’imaginer leurs gestes
Et tu sauras ce qu’en lui fait la vie, ce qu’elle fait de la vie
Tu regarderas la terre qui s’envole en poussière
Et la poussière qui colle aux cheveux et aux fronts
Tu regarderas la pluie qui tombe et l’eau qui coule
Tu regarderas la boue avec laquelle jouent les enfants
Tu plongeras ta propre main dans la source et tu écouteras ton corps
Tu exploreras le sommeil et tu liras le mouvement de ton esprit(...)"
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