O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

Images Aléatoires

ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Mardi 23 septembre 2008

Parfois, une rencontre fait basculer le cours du temps, redonne force et vigueur à des émotions que l’on croyait oubliées. Une photo reçue en noir et blanc, un violoniste, dont seule une main tenant l’archet et un regard tourné vers  un inaccessible espace étaient perceptibles, induisirent ce basculement. Soudain, à sept heures ce matin, cette photo posée devant moi, j’étais revenue à Prague en mai1990, sur le Pont Charles. Le texte que j’écrivis alors, assise à même les pierres du pont, je le confie au souffle du temps pour qu’il vous parvienne. Juste un moment de grâce…

Vaclav

Te souviens tu de ce violoniste au regard lointain
Perdu parmi la foule?
C'était par un de ces matins de cendre et de feu
Prague resplendissait...
Tant de lumière répandue sur le pont Charles...

Il saisit son archet avec une douceur infinie
Magie des premiers accords, intensité de son regard,
Murmure de la Moldau
Caressant les pierres du pont
Tout me revient, loin, si loin de Prague...
Même le bruissement des ailes du vieux cygne
Passant majestueusement sous l'arche

Le temps s'est arrêté un matin de mai
Sur le pont Charles
Et je sais que jamais je n'oublierai ce violoniste
Ni ses mains
Prolongement magnifique de son archet

Secrètement je priais pour que dure encore cet instant d'éternté
Quand il me fallut partir, je pris l'une de ses mains
Et la retint longuement
Son sourire lumineux fut son dernier cadeau
Il savait que nous étions désormais
Indéfectiblement liés.

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Lundi 15 septembre 2008
Samedi dernier. Sept heures du matin. Deux heures arides à chercher à contraindre une page blanche à se couvrir de fiévreuses et intelligentes, forcément intelligentes réflexions. Une conférence à préparer, sur le thème du Pardon. Rien, pas le moindre mot n'émergea de ces confuses heures. Décidant de m'accorder une pause, j'allume ma télévision et je vois alors le visage toumenté d'Elie Wiesel. Ce fut une heure lumineuse, arrachée à l'obscurité à écouter, recevoir, accueillir les paroles de cet homme qui dit vouloir "purifier les mots". Qui a mis longtemps à accepter de fonder une famille, parce qu'il "n'était pas convaincu que le monde méritait ses enfants". Je l'entends prononcer cette phrase "Renoncer à témoigner, c'est renoncer à espérer"...
 
Et je crois percevoir sous son visage celui de mon père  et de tous les parents qui ont vécu dans leur chair l'expérience du mal absolu, puis qui se sont trouvés dans l'impossibilité littérale devant leurs propres enfants de "purifier les mots" pour témoigner d'une manière dicible leur voyage au pays d'où l'on ne peut revenir véritablement soi-même. Alors, ils ont fait silence. Et depuis, ces enfants de ce silence-là ont entrepris leur propre voyage, abstraits du témoignage direct de leur parents. Amputés. Oui! Amputés, parce qu'il leur manque un épisode dans l' histoire de vie familiale. Et que c'est autour de ce manque qu'il leur faut tout de même créer, puis transmettre à leur tour.

Tout manque engendre un espace à combler... Personne ne peut faire l'économie d'un pan de son histoire. Quel que soit le temps que cela prenne, plusieurs générations parfois. Parce que  ce silence là est d'une telle résonance qu'il appelle jusqu'au souvenir de son propre echo.
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Mardi 2 septembre 2008
Jour de rentrée. Douze millions de "chères têtes blondes" (rousses ou brunes aussi, d'ailleurs!) plus ou moins initiées à cet eldorado de la connaissance qui les attend, reprennent le chemin des écoliers.

 Qu'ont-ils entendu, lu, vu, ces derniers mois? Quel monde leur offre-on? La valse hésitation, plus haut, toujours plus haut, du coût de l'essence, des produits de consommation courante et autres joyeuses introductions à l'économie de nos sociétés dites modernes?.L'apprentissage intensif de termes qu'ils devraient ignorer, eux qui sont encore dans le plus très vert paradis de l'enfance?

 Quand blues et morosité s'invitent au bal de stagflation... Devant leur éducateur pas très pédagogique mais si facile à convoquer de nuit comme de jour,  ils ont assisté à des débats plus ou moins "fair" entre hommes et femmes politiques jouant pourtant sous la même bannière. Tout ce qui précède sous fond de guerre en Géorgie, de "reprise en main" musclée de nos plus très alliés russes, de dépréciation permanente des valeurs démocratiques et des représentants élus aux plus hautes fonctions de la République.

 Ne serait-il pas temps de songer à laisser à nos enfants un espace d'espérance et de rêve? De leur inculquer  le sens des valeurs morales en donnant l'exemple de la droiture et du respect des règles éthiques ?

 C'est ainsi avec plus de légèreté qu'ils pourraient aborder les rives de leur vie d'adulte, eux qui sont les bâtisseurs de la société du futur. Qui à défaut d'être idéale pourrait être plus conviviale et altruiste.
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