O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

Images Aléatoires

ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Dimanche 27 janvier 2008

Trop de brouillard peut-être... Absences et manques entremêlés sur le ruban de ces heures qui s'écoulent depuis l'aube lourde ... Je ne sais pourquoi, mais les mots se bousculent en désordre sur mon clavier, devenu rebelle. Alors je préfère vous confier les premières traces d'un de mes manuscrits en "chantier". Construction pierre après pierre, mais le temps n'a que faire de mes impatiences textuelles. Le temps m'attends, comme je Vous attends, vous qui chasserez peut-être tous les brouillards...

"MATHIAS EN SON ROYAUME

(...)Un jeune homme blond est assis sur le parvis du Temple du Change. Posés près de lui, tout un fouillis d’objets de vie, jeu de cartes, dés, gobelet, balles qu’un chien noir et blanc pousse d’un air inspiré avec l’une de ses pattes avant. Deux d’entre elles roulent doucement, glissant de marche en marche. Le jeune homme, en totale vacuité, suit le mouvement des balles en l’accompagnant à la flute à bec. Il n’y a personne sur la place. Saint-Jean au petit matin s’appartient encore.
 
Il l’entendit rire avant même qu’elle ne devienne visible. Elle approchait de lui. Faire rire. Attendrir. Amuser. Puis les laisser s’attacher, un peu, juste le temps nécessaire. Et fuir ! Ailleurs. Un ailleurs à conquérir, séduisant des promesses non encore prononcées.
 
Depuis près d’un an pourtant, Mathias s’était presque installé un royaume autour de la Place du Change. « Je dois vieillir ». Pensait-il parfois, lorsque la violence de l’ennui le prenait, pas suffisante cependant pour la mettre en acte et chercher un nouveau domaine.
 
Tom, dans son rôle de chien fou parfaitement maîtrisé, bondit pour atterrir aux pieds de la rieuse. Mathias, ne tentant pas même d’imiter un semblant d’autorité, le rejoignit. Laure, elle s’appelait Laure, cette jeune fille joyeuse et bienveillante. Répondant à l’invitation de Mathias, Elle accepte de le suivre un instant sur la plus haute marche de son territoire.  
 
-         Voilà ! Je m’appelle Mathias et lui, l’idiot qui s’est jeté sur toi, c’est Tom. Cette place est ma maison.
 
-         Ta maison… Tu vis ici ? Avec ton chien ? Dehors ? Tu n’as pas de famille ?
 
-         Pas de famille, pas de toit. Je vis au soleil, je dors bercé par la lune et, quand il pleut, je me réfugie sous le porche du temple. Je suis bien. Ni maître, ni patron pour me donner des ordres. Et puis, je ne suis pas quelqu’un qu’on enferme, sinon je me sauve. Je fais des tours de cartes aux touristes, la manche aux terrasses le soir. C’est presque ma famille ici. Je ne meurs pas de faim et Tom et moi, on est libres ! Et toi ? Laure ?
 
 
Bavardage léger à l’image de l’esprit de Mathias. Ne rien suggérer. Ne rien vouloir. Être, simplement être. Origines et commencement. Mathias est la genèse de sa propre histoire. Laure, toutes les Laure sont de fragiles bulles, traversant un instant l’espace de ses journées et de ses nuits. Hier. Demain. Concepts non encore de mise, la mise, c’est ce rapport ludique avec le temps et l’espace qui pour Mathias sont le manque et la somme de tous les possibles. Il est sourire et grâce. Sans réflexion encore étayée, sans véritable sens moral.
 
 Chaque jour une autre Laure, bon public comme celle de la veille, traverse la place du Change, percute un instant l’espace de Mathias, donne corps à ses facéties et matière à vivre jusqu’au jour d’après. Jour d’après sans  plus d’ancrage que celui l’ayant précédé.
 
 
Pourtant ce jour-là, celui de cette Laure là, fut différent de tous les autres. Mathias avait passé une mauvaise nuit. Il était fatigué, préoccupé même. Pour une fois, il avait laissé ouverte une porte de son esprit qu’il prenait pourtant soin de claquemurer dès qu’un semblant de blues le prenait à la gorge. Le regard de Laure s’était posé sur lui avec une intensité qu’il avait ressentie comme dérangeante.
 
Il était sale, ses vêtements réclamaient un immédiat abandon et un changement radical. Jamais auparavant son apparence ne lui avait coûté. Les jours d’abondance, Mathias se rendait dans la boutique indienne Rue saint Jean et en ressortait transformé, vêtu de neuf, mais depuis plusieurs semaines, les touristes s’étaient montrés peu généreux. L’hiver arrivait et avec lui l’urgence de trouver un lieu ami où se réfugier avec Tom. Pourquoi était-il incapable de mettre en place sa coutumière stratégie de séduction ? Pourquoi cette Laure aux yeux lumineux le mettait-elle si intensément à nu ? Ce n’était qu’une passante, éphémère par essence. Une figurante, au même titre que toutes les autres. Ainsi devait-elle s’inscrire dans la traversée de l’histoire de Mathias. Mathias, personne n’avait jamais su le retenir. Il se tenait là, les yeux plongés dans la brume de ceux de Laure, profondément bouleversé et ne pouvant appréhender cette émotion, inconnue de lui.
 
 Elle l’obligeait à s’incarner dans une réalité dérangeante. Cette réalité-là, il ne la voulait pas sienne. Il voulut s’en échapper par une des cartes de ce jeu dont il croyait être un maître, l’inconstance. Ne plus être exposé à ce regard troublant. Ne plus penser. Surtout ne plus penser.
 
 
Mathias dévale les marches en jonglant avec trois balles, Tom sur ses talons, laissant là Laure, surprise et, pour quelques instants encore, amusée. Le café appuyé à la Maison Thomassin vient juste de mettre en place sa terrasse. Mathias traverse la place, monte sur une chaise et poursuit ses pitreries devant le serveur qui lui sourit. Le chien bondit aux pieds de Laure puis rejoint Mathias, en un ballet ininterrompu, puis la jeune fille se décide à mettre fin à cette comédie.
 
Sans un regard, elle s’éloigne par la rue Lainerie. Tom la suit un instant puis rejoint son maître. Mathias s’arrête instantanément, retrouve son équilibre, s’assoit sur la chaise, accepte le café offert par le serveur. Il est en larmes et semble n’en avoir aucune conscience, ne cherchant pas à dissimuler son visage ou même à canaliser le flot qui s’échappe de ses yeux. Une femme âgée, assise à une table face à la sienne, l’interpelle avec douceur
 
-         Pourquoi tant de tristesse soudain ? Je vous observe depuis un moment déjà et…
 
-         Vous n’avez rien de plus intéressant à faire ?
 
Lance Mathias à cette inconnue interrompant le cycle de sa désespérance, en entrant brusquement dans son champ de vision. Il la regarde, puisqu’elle s’impose à son regard. Elle est menue, son interférence, posée avec élégance sur la chaise en fer. Menue et gracieuse.
 
 Vêtue d’un tailleur blanc, une de ses mains caressant la tête de Tom, l’autre posée sur un carnet étalé sur la table, elle lui sourit. Sur son visage, parsemé de fines lignes de vie s’entrechoquant, le sourire fait monter une telle lumière que Mathias détourne un instant les yeux. Puis avance d’un pas, jusqu’à la toucher.
 
 Elle sourit toujours et lui fait signe de s’asseoir en face d’elle. Il n’esquive pas. Ne fais aucune tentative de fuite. Il s’installe face à cette inconnue bonne et douce, se dissout dans les effluves de rose dégagées par chacun de ses mouvements, accepte de perdre le contrôle un instant."

S Oling  (manuscrit protégé)
 
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Lundi 21 janvier 2008

 Mercredi dernier, j’ai été témoin impliquée de ce que peut être la télévision lorsque elle convoque l’excellence. Sur Arte, Empreintes invite régulièrement à partager l’univers de grands témoins de notre temps. Je l’avoue, je ne sais pas vraiment comment aborder la philosophie, perpétuel dilemme de mon long voyage en « autodidactie ». Je ne me crois pas autorisée à l’appréhender. Du moins jusqu’à ma « rencontre » avec Michel Serres ce mercredi 19 janvier 2008. 

Cinquante cinq minutes à écouter cet homme limpide, au sens premier du mot, si habité par l’eau qu’il entra même à l’Ecole Navale en 1949.
 
Officier de marine sur divers vaisseaux de la Marine nationale, qui le conduiront de l’escadre de l’Atlantique, à participer à la réouverture du canal de Suez, entre autres. Mais son parcours comme son œuvre sont accessibles depuis n’importe quel moteur de recherche.
 
Ce que je veux évoquer, c’est ce sentiment indéfinissable ce soir-là d’être « en philosophie », grâce à Michel Serres, à sa sérénité, le visage tourné vers la Garonne de son enfance. La philosophie dont il dit  "qu’au fond, c’est la découverte de la joie". Il rajoute quelques instants plus tard qu’il a "fait" de la philosophie à cause de la guerre, que la violence explose dans notre monde, que cela l’inquiète, définissant la guerre comme le meurtre des fils. Allégorie d’un monde devenu fou et  dévorant ses enfants.
 
Philosophe de son temps, historien des sciences, Michel Serres est un jeune homme de 78 ans, portant un regard résolument optimiste sur les évolutions de notre société.
 

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Mardi 1 janvier 2008

 Ce matin, j’ai la gorge nouée, pas vraiment le cœur au renouveau. Je me souviens particulièrement de votre visage, Mélanie, sur un plateau de télévision, il y a quelques jours. Au journaliste qui vous demandait ce que vous faisait la libération annoncée de trois des otages des FARC, vous répondiez avec la douce fermeté qui vous caractérise que c’était un vrai espoir pour le possible retour de votre maman.
 
Aujourd’hui, même si les négociations continuent, ni Clara Rojas, ni son fils, ni Consuelo Gonsalez ne sont sortis de la jungle, cette opaque et inaccessible prison qui les retient, avec, entre tant d’autres Ingrid Betancourt, votre mère.

 Et je songe à vous et à Lorenzzo qui depuis plus de six ans connaissez, à un âge si tendre, la notion de distorsion du temps et de l’espace. Vous avez fait des médias une agora, portant partout avec force et vigueur votre parole vive et vibrante. Vous n’avez pas attendu que l’on vous offre un espace d’expression, vous l’avez voulu, apprivoisé, puis conquis, élevant ainsi un rempart contre l’indifférence et l’oubli. 

C’est long, six ans. Six ans à vous exposer, parlant inlassablement de cette mère mythique, évidemment mythique, créant ainsi une telle proximité avec Elle, que tant de passerelles à travers le monde se sont bâties pour permettre à vos mots de résonner. Mais lorsque l’œil des caméras se détourne, que la lumière s’éteint sur les plateaux de télévision et que les micros s’abaissent, c’est à ce moment que parfois je tente de vous rejoindre par la pensée. Ingrid redevient alors certainement celle qui n’appartient qu’à vous, dont vous connaissez chaque expression, chaque geste.
 
En ce premier matin de l’an 2008, j’ai voulu passer avec vous quelques instants, Mélanie, Lorenzzo et vous dire que je forme le vœu qu’enfin vous puissiez retrouver le cours de votre vie, parce que votre mère vous aura été rendue, permettant ainsi de recréer cette bulle matricielle, depuis bien trop longtemps éclatée
 
Sarah Oling
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