O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

Images Aléatoires

ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Dimanche 24 février 2008

L’actualité est lourde de promesses non tenues et  d’espérances à venir. Mais dehors, tout semble au tempo d’un renouveau espéré. 

Je reviens du Parc de la Tête d’Or avec une totale vacuité intérieure. Alors aujourd’hui, notre lien sera léger. Dans  un sourire échangé. Une main que l'on prend avec une réelle intention. Une écoute de ceux qui sont dans notre sphère. 

 J'ai entendu les bruissements des branches se chargeant de bourgeons prêts à éclater en symphonie de parfums et de couleurs éblouissantes. Cette promesse-là, celle d’une nature ivre d’un printemps triomphant, sera tenue. Parce que la nature ne sait pas les mots. Elle est simplement et authentiquement créatrice.

 Que notre semaine soit à son image, voilà ce que je Nous souhaite.

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Dimanche 17 février 2008

Comment ne pourrais-je pas être d’accord avec le fond de cette proposition ? Moi qui depuis de longues années vais parler de Mémoire, de toutes les Mémoires, dans des collèges et des lycées, à de jeunes élèves, de la troisième à la terminale, le plus souvent?
 
Mais comment pourrais-je, sur la forme adhérer à une mesure visant à imposer et non à proposer, sans débat sociétal, ni concertation avec les principaux interressés? Je veux dire, les enseignants et les parents de ces enfants.  Sujet éminement sensible et que je connais bien.  

La polémique enfle ces jours-ci. Je ne vais donc représenter que moi-même, à travers une réelle expérience de terrain et des exemples concrets. Serge Smulévic, un ami, j’ose le dire, qui fut l’un de ceux dont je recueillis le témoignage de ses années de cendre à Auschwitz-Monowitz, pour le CHRD de Lyon, et qui poursuit inlassablement son travail auprès de la jeunesse, après avoir été témoin au procès de Nuremberg, l’un des rares encore vivants pouvant le faire, m’avait exhorté à poursuivre cette nécessaire transmission. Me mettant cependant en garde contre les oppositions que j’allais rencontrer. La Shoah étant à « manier comme un baril de poudre », tant ce qu’elle représente est dérangeant, indescriptible, « in-ouï ».

 Et je les ai affrontées et y suis encore confrontée, à ces critiques, essayant de transmettre ce nécessaire devoir, en le transformant en une universalité des Mémoires. Refusant le statut de victime par procuration (la victime étant mon père, pas moi) et par la même, une forme d’enfermement identitaire.

 
J’ai rencontré des élèves de tous âges. J’ai préparé ces interventions avec des enseignants. Ce furent des moments d’émotion intense, de vérité nue et de difficile confrontation avec la portée des mots employés à chaque fois.
 
Je vais revenir sur une classe tout particulièrement, dans un collège à forte mixité sociale, avec des enfants de 6°, les plus jeunes de mes futurs « passeurs de Mémoire »… Je vous livre un extrait du courrier que j’adressais alors, c’était en 2004, à l’enseignante à l’origine de cette rencontre « L’intervention que vous avez organisée entre vos élèves et moi-même a été d’une richesse et d’une profondeur qui m’ont véritablement interpellée. (…) Je joins à cet envoi une autre lettre adressée à vos élèves. Il est, je crois, important d’ancrer à leurs yeux cette rencontre, afin que la confiance qu’ils m’ont témoignée soit étayée ».

Voici maintenant quelques extraits des nombreux courriers que ces enfants m’adressèrent 
«(...) Nous étions très heureux de votre rencontre, elle nous a marqués. Vos paroles étaient si fortes que nous en avions les larmes aux yeux. Merci beaucoup de nous avoir transformés en petits passeurs(...) » Hasna et Amena 

« (…) Vous nous racontez la déportation en disant que ce qui est passé est passé. Vous n’avez même pas de haine pour Hitler. Brillantissime ! (…) » Mélissa

« (...)Je vous remercie d’être venue, car votre visite était bien et nous a donné beaucoup. Vous avez été courageuse d’être venue pour parler de votre famille qui est morte. Moi j’aurai pleuré si j’avais parlé. Votre intervention nous a donné du courage de faire pareil (...)» Romain
 
Ces enfants, à peine plus âgés que ceux de Cm2 auxquels s’adresse la proposition de Nicolas Sarkozy, ont eu une écoute active et impliquée, ne me semblant pas avoir été traumatisés par l’histoire que je leur ai transmise. Parce qu’elle avait été longuement préparée avec l’enseignante. Que je ne l’ai pas restreint à une approche de la Shoah, il y avait dans cette classe un enfant Rwandais qui a pu se libérer pour la première fois de l’approche de l’enfer qu’il avait traversé, devant toute la classe. Parce qu’un enfant peut entendre et comprendre si on lui parle avec des mots qui sont passerelles avec sa propre histoire.

 
Je crois sincèrement que la mémoire ne s’impose pas, surtout aux jeunes générations, mais qu’elle s’apprend, dans une véritable volonté d’empathie, sans que l’émotion l’emporte sur la réalité factuelle. Il reste désormais, au-delà de la polémique, à bâtir, avec les enseignants, le canevas de cette transmission à des élèves si jeunes.

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Dimanche 10 février 2008
Comment vous dire ? Je ne suis pas de votre famille, nous ne nous sommes jamais rencontrées. Et pourtant, vous percutez ma vie. 

J’aimerais vous tisser des mots lumière et espoir pour vous réchauffer, en attendant. Je voudrais serrer vos mains un instant, vous transmettre l’énergie de tous ceux pour lesquels votre libération est devenue une incontournable exigence. 

Notre monde est atteint d’aliénation. Trop de drames violemment exposés, l’un chassant l’autre à la Une des médias. Mais pour ceux qui attendent, pour leur famille, rien ne change. La lente litanie des jours s’ajoutant aux autres, 2178, exactement, Ingrid, 2178 jours que vous avez été arrachée aux vôtres. C’est insupportable. D’autant plus qu’après la libération de Clara Rojas et de Consuelo Gonzalez le 10 janvier dernier, la voie avait semblé tracée pour votre propre extraction de cette jungle qui vous retient. 

Je sais bien que des négociations ont lieu en ce moment. Et je ne doute pas un instant de la véritable implication de Nicolas Sarkozy et de sa volonté sincère de vous ramener parmi les vôtres.

Mais le temps passe et vous êtes si lasse. Avec de faibles mots, comment faire de la littérature avec votre désespoir, je voudrai vous témoigner mon sentiment d’être reliée à vous. Comme votre famille, vos amis, ils sont nombreux, je Vous espère et Vous attends. Très vite.
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