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O.N.I. Objet narcissique identifie
L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...
Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières. Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire, non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?
Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.
Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.
D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.
Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.
Sylviane Sarah Oling LYON
En cette semaine de Pessah, la Pâque juive, toutes mes pensées se tournent vers mes
absents, mon père et ma mère et, bien sûr, cet ange qui passa sans avoir le temps de
devenir « conscience et présence ». Puis je songe à ceux, sans visage connu de moi, qui devaient être ma lignée fondatrice et dont la trace
s’est perdue dans les froides plaines de Silésie avant que je ne fasse souche. Ces absents-là sont ceux qui ont tissé la trame du tissu de ma
perpétuelle quête d’une forme d’harmonie universelle. Angélique souvent. Abreuvée et nourrie par ma rencontre avec des Mensh, des maîtres. André Chouraqui fut de ceux-là. Je le rencontrais pour
la dernière fois, non à Jérusalem, où son bureau m’était devenu familier, mais à Lyon, où il venait présenter son dernier ouvrage «Mon testament. Le feu de l’Alliance » paru
chez Bayard.
Alors que porter sur soi le drapeau de son pays,
pour un tibétain, peut être puni de la peine de mort, alors que partout dans le monde les guerres fratricides égrènent leur lente litanie des noms de ceux qui ne se relèveront pas de ces
combats-là, alors que nous sommes toujours en attente du retour d’Ingrid Betancourt, j’ai relu cet ouvrage… Et je vous en livre un court extrait, sans raison autre que celle de partager quelques
instants d’espérance avec vous :
" Aujourd’hui, j’espère plutôt que les hommes acceptent leurs diversités infinies et que malgré leur différence ou plutôt à cause d’elles, ils s’acceptent pour créature d’un même Créateur
dans l’émerveillement de sa Création. (…) Le problème qui nous est posé à tous n’est pas la couleur du drapeau du ghetto dont on se réclame, mais d’être d’accord avec soi-même et avec les autres.
Il n’est nul besoin d’une conversion autre qu’intérieure, reconnaître son Dieu, quel qu’en soit le Nom et réaliser son idéal, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, en un mot, être un Homme digne de ce nom"…
Toute quête suppose que nous retrouvions, un peu, de l’innocence originelle, c’est ce que je fais ce matin, en vous racontant cette histoire et en la débutant par le traditionnel :
« Il était un fois, dans un temps et un lieu indéterminés, un vieil homme qui marche dans le désert. Un jeune homme, vêtu de blanc lui tient la main. Ils cherchent la lumière, alors que le soleil darde ses rayons puissants au dessus d’eux Ils parlent, inlassablement. Que se disent-ils ? Ceci est une autre histoire.
Convenons qu’il s’agit de passation, de transmission. Le vieil homme va mourir, il le sait, c’est ainsi que cela doit être, inscrit depuis la nuit des temps. Il va mourir puisque ce jeune homme est sa renaissance. Leurs pas les mènent à l’entrée d’une grotte. La nuit est tombée sur le désert, mais cela ne fait point de différence pour eux, qui sont encore plongés dans les ténèbres. Ils ressentent l’air glacial qui les envahit, ils entendent le bruit sourd des battements de leur cœur. Est-ce de la peur ? Ils ne reculent pas.
A l’intérieur de la grotte, posé sur une énorme pierre brute, un crâne les contemple sans impatience. Un seul d’entre eux est attendu, il est temps pour eux de se réunir pour enfin se séparer. Le jeune homme suit les instructions inscrites à même le sol battu. Il enlève un à un ses bijoux, prend la plume d’oie posée à côté du sablier et écrit son testament philosophique. A chaque mot tracé sur le parchemin, le vieillard placé juste derrière lui vacille. La signature de l’engagement trace la mort du vieil homme. Quelqu’un d’autre, bien vivant, lui, pose une main bienveillante sur l’épaule du jeune homme. Ils sortent. Une myriade d’étoiles scintille dans la nuit, promesse de temps éclairés. Juste au dessus de la grotte, UGEIA, bienveillante déesse, veille sur le bien-être des hommes. Elle flamboie, mais le jeune homme ne la voit pas. Il ne peut encore la voir. Son guide lui fait gravir trois marches et frappe pour lui à la porte d’un temple…
Deux années ont passé. Revenu dans le désert pour apprivoiser le silence, le jeune homme n’est plus dans les ténèbres, son pas est un peu plus assuré, même si aucune lumière ne l’aveugle encore. Il cherche, il ne sait ce qu’il cherche, mais il cherche, inlassablement. À ses pieds, un étrange symbole est tracé sur le sable, composé d’un triple triangle recroisé. Mais il ne peut encore le comprendre. Il va cependant dans la direction indiquée par la pointe du triangle… et retrouve l’entrée du temple. De nouveau quelqu’un l’attend, lui cale une règle dans la main gauche et lui fait franchir cinq marches, les yeux libres de voir. Le voilà dans le temple, il fait trois pas hésitants, tente un pas de côté, puis, effrayé par sa hardiesse, revient vite à sa place. Cependant, les traces qu’il imprime sur le sol du Temple, à chaque voyage symbolique, révèlent pour ceux qui l’ont précédé, un Nombre mystérieux, harmonieux. Lui, pour l’instant, apprend juste à passer du pas à la marche. Va de l’avant, jeune voyageur !
Un bâton lui est confié, ainsi qu’un petit sac contenant des pierres rondes. La quête se poursuit. Il n’est plus un novice mais un pèlerin qui cherche son étoile, son guide. A chaque fois qu’on le questionne, désormais, il répond qu’il a vu une lumière dans la nuit, puis il recule et revient à son pas de novice, immanquablement, à la grande surprise de ceux qui l’entourent. … Lui seul ressent la vigoureuse pression sur son épaule, la main puissante de son ego… Lui seul entend la petite voix qui lui murmure « Tu dis que tu as vu une lumière dans la nuit ? Vraiment ? Le jeune homme comprend peu à peu qu’il est temps de parcourir le vaste monde, de revenir à la source originelle, apprendre ce que voir veut dire, pour peut-être pouvoir cueillir la rose de la connaissance, qui l’attend au bout du chemin
Reparti dans le désert, il trouve une pierre qui scintille dans la pénombre. Près de la pierre, quelques aspérités ont volé en éclats traçant sur le sable un immense point d’interrogation, en cinq parties égales, reliées une à une par des mains éclairées, celles des grands Initiés qui l’ont précédé, sans doute…. Cherche et tu trouveras ! Lui chante l’oiseau de lune perché sur son épaule. Oui ! Mais par où dois-je commencer ? Bel oiseau… Je suis effrayé par l’immensité de la tâche… Rien d’impossible ne t’es demandé, Oublie ce que tu crois savoir, cherche avec ton cœur, lui réponds l’oiseau avant de s’envoler pour rejoindre la lune
De nouveau face à lui-même, notre cherchant ouvre le petit sac qui lui a été confié, il prend l’une des pierres et la lance sur le sol. Une première pierre… Encore imprégné de rêves anciens, le jeune homme réfléchit… « Je suis Un, c’est cela, je suis Un, Un est la pointe de l’étoile, l’orient vers lequel je me dirige. L’oiseau revenu un instant sur son épaule, lui siffle « Seul le Grand Tout est Un. Un est le tout. Qui es-tu pour te prendre pour le Tout ? » Te connais-tu, toi-même ? Poursuit l’oiseau, avant de s’envoler à tire d’aile. Profondément bouleversé, le jeune voyageur se saisit des outils accrochés à sa ceinture et s’attaque à la pierre scintillante. Plusieurs nuits et plusieurs jours passent ainsi sans que la soif ni que la faim ne l’interrompent. Au cinquième coucher de soleil, la pierre est presque lisse, formant la base d’une pyramide. La pointe, encore inachevée, qui l’orne commence à faire sens. Si le travail est loin d’être terminé. une étape est cependant franchie, le jeune homme a compris qu’il lui fallait tracer lui-même l’étoile, la matérialiser dans sa chair avant de pouvoir seulement l’apercevoir. .Il sort alors une deuxième pierre du sac et sourit
S’étirant longuement, il décide enfin de s’éloigner pour chercher de l’eau. Après un long chemin, il arrive devant une immense porte, qui semble ouvrir sur l’infini, juste une porte, sans murs autour. Au linteau de la porte, quatre lettres sont inscrites, comme par une pointe de feu, Youd, Eie, Vav et Eie, apparemment sans raison, il tente d’en percer les secrets. Le soleil est à son zénith, la soif se fait cruellement ressentir, là-bas, derrière la porte, apparemment, il entend la mélodie d’un ruisseau qui l’appelle, inlassablement. Les sens troublés, ses yeux ne captent plus les lettres détachées les unes de autres, elles semblent ne plus en former qu’une seule : « Daleth » L’oiseau revient alors à sa place, sur l’épaule du jeune homme et lui chante « Un, tu es passé par le Un, Un n’est pas toi, mais tu fais partie du Un… Deux, tu t’es divisé et tu as souri. Deux, tu connais l’altérité, Je est un Autre…Trois, tu n’es pas passé par le Trois, tu y retourneras. Quatre est ton chiffre. Abandonne tous tes rêves, quatre est ton chiffre. Tu n’es pas venu de si loin pour prendre mais pour recueillir. Quatre est ton chiffre, Daleth est la porte qui t’ouvre le Quatre. Réunis le Quatre et le Un, novice! Cherche et tu trouveras »
Le jeune homme regarde longuement l’oiseau, qui s’envole à nouveau.
Prenant en main plus solidement son bâton, il fait le tour de la porte et s’aperçoit alors que son ombre trace une mesure précise, plus il marche, plus son ombre semble le narguer. Un autre oiseau l’attend, là-bas, près du ruisseau, flamboyant de mille couleurs. Egaré par la chaleur et la soif, il croit avoir trouvé son inaccessible étoile. Ses yeux ne cessent d’aller de l’oiseau à son ombre.
Soudain, il tombe à terre et son corps sur le sable, bras et jambes écartés devient étoile. Le jeune homme sombre dans un profond sommeil. Il rêve et dans son rêve, le voilà devenu pierre taillée, parmi les pierres déjà travaillées ayant été choisies pour la construction du Temple de Salomon. Son rêve de pierre est de faire partie du Saint des Saints. Il sait qu’il n’est pas assez parfait, sa forme n’a pas été retenue pour créer la coupe sacrée, ni pour ériger l’autel. Là, sur le tas qu’il compose avec ses sœurs, il voit s’éloigner une à une les plus dégrossies d’entre elles. Il les regarde s’assembler harmonieusement, cinq par cinq. Lui reste toujours, plein de ressentiment et de colère, jusqu’au jour où son cœur de pierre s’ouvre, enfin. Il vient de comprendre que, pierre parmi les pierres, il n’est rien, s’il est boursouflé de sa prétendue importance. Seul le Grand Ordonnateur de l’Univers est Un, et c’est bien ce Un qui forme un tout harmonieux, parce que vibrant de ses autres composantes. Il ne peut être Sagesse, Force et Beauté que dans l’union avec ses sœurs de pierre, ni plus ni moins qu’elles, mais pas sans elles.
A son réveil, le jeune homme trouve, posé près de lui, une cruche d’eau fraîche et une pomme coupée en deux par une épée. L’épée est entre les mains de celui qui le reçut lors de sa première entrée dans le temple. Le prêtre lui sourit et ce sourire est source et lumière. La nuit est retombée sur le désert. Le voyage commence, pour notre pélerin, il le croit, il est satisfait de lui. Il se dit qu’il doit assembler une à une les cinq branches de l’étoile, pour prétendre un jour pouvoir la traverser, peut-être.
J’allais donc terminer ici ce conte, , heureuse du travail accompli, persuadée de vous avoir fait faire un beau voyage à travers mes mots lumière, lorsque je vis sous mes yeux se tracer sur l’écran de mon ordinateur une phrase que je n’avais pas écrite, en lettres énormes
« TU N’AS PAS ETE CLAIRE! »
Je n’ai été claire ?
Mon ange gardien venait de nouveau s’interposer entre moi et mes belles certitudes… Oui ! me souffle t’il…Cette folle histoire emplie d’oiseaux qui parlent et de débordement lyrique. Tu entends les oiseaux, certes ! Mais tu noies aussi le poisson ! Prends garde à ne pas te laisser brouiller les idées. Toutes ces grandes envolées poétiques ne me disent pas si tu as compris le sens de « voir la lumière dans la pénombre » Que vas-tu transmettre au moment de ton dernier voyage ? Peux-tu vraiment apporter ta pierre à la construction du Temple de l’Humanité ?»
Permettez-moi de répondre devant vous, à haute voix, à mon ange gardien « Oui ! Je ne suis en quête». Ce que j’ai retenu, à travers tous les
livres que j’ai lus pour finalement écrire ces quelques lignes, j’aurai pu vous le transcrire presque mot à mot, je n’en aurai pas compris le sens caché pour autant. Je me suis tournée depuis mes
années d’apprentissage, vers des maîtres, qu’ils en soient ici remerciés. Ces maîtres m’ont ouverte à la noblesse, à l’harmonie du monde, à sa
présence dans la vibration de la nature, dans la musique, les plantes, les pierres assemblées dans un ordre précis, avec génie. C’est ainsi que
j’ai perçu que c’est seulement dans mon rapport à ce qui m’est autre que je puis découvrir la cohésion de l’univers, sa conciliation et le juste accord de l’euphonie humaine.
Puis, j’ai mis mon pas dans les pas des grands Initiés de toutes les cultures et de toutes les religions, j’ai observé le tympan de certaines cathédrales, admiré le pentagramme à 5
branches, vibré au rythme des moulins de prière tibétains et de la musique soufie, entendu aussi le chant mélodieux des oiseaux et non celui trompeur des
sirènes. Peu à peu, j'ai compris que je devais tendre vers l’au-delà de la connaissance livresque. J’ai surtout compris que peu
importait la méthode de travail sur nous-mêmes, pourvu que l’on soit authentiques dans notre démarche, que l’on ait l’humilité de se tourner vers ceux qui nous ont précédés, et de dire que, si
l’on ne sait pas encore marcher droit, on essaye en tout cas de marcher !
Sylviane Sarah Oling
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