O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

Images Aléatoires

ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Vendredi 6 juin 2008

Arrivé second, derrière celui d’Isabelle Kauffman, Kathâkali, le manuscrit de mon quatrième roman, vient d’obtenir le « coup de cœur du jury », du prix littéraire de l’Insa de Lyon. Si cette place sur le podium est purement honorifique, elle marque cependant pour moi une étape décisive.

« Kathâkali » est un roman de rupture, rupture avec mes trois précédents livres, rupture avec mes doutes sur ma capacité à débrider mon imaginaire. J’ai intégré dans ce récit des personnages réels, fondateurs de mon éveil spirituel,  Sri Aurobindo et sa compagne, Mira Alfassa, appelée  « La Mère », fondatrice d’Auroville, ainsi que le Mahatma Gândhî. La trame du récit est située en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud, du temps des Comptoirs Français de l’Inde. Ces grandes figures se mêlent à celles nées de mon imaginaire, Tim , Allan, Lala l’intouchable, Shani Shantung, qui sera l’instrument de la colère de Kali la Noire, entre autres, dans leur lutte pour l’indépendance de l’Inde et pour leur propre survivance.

Tout le temps de l’écriture, j’avais en mémoire la voix de Ram Bopal, un des grands maitres de cette danse sacrée qu’est le Kathâkali. Je l’avais appelé en 1998, il vivait alors à Bangalore, sa ville. Nous devions nous rencontrer, grâce à un ami cinéaste. La rencontre n’eut pas lieu. Ce livre, lorsqu’il sera édité, lui sera dédié.

 

Il est temps désormais pour moi d’aller de l’avant, d’avancer sur le chantier en perpétuelle re-création, de ma terre d'élection, l'écriture. Un nouveau roman, de nouveaux personnages prennent peu à peu force et vigueur. L’été leur sera consacré.

Et, en attendant que Kathâkali prenne sa véritable place, dans les mains de ses futurs lecteurs, je vous en livre quelques lignes, provoquant là, je l’espère, une vibration bénéfique, que les Dieux de l’édition pourront ressentir !

 

 (manuscrit protégé auprès de la Société des Gens de Lettres)

"(...)Dans la ville blanche, loin, bien loin du repaire infect de la vieille, toute la troupe déjeunait sur la plage, face à la maison des Monnot. La brave dame n’avait pas de cuisinier. Elle n’en avait jamais voulu. Elle avait donc préparé, avec l’aide d’Elen et de Lily, un repas breton traditionnel, en l’honneur de la nouvelle création de Tim Bopel. Deux tables avaient été dressées, à même le sable et recouvertes de tissu à carreaux bleu et blanc.  Quelques chaises dépareillées, extraites du garage, complétaient l’installation. Un joyeux cortège de jeunes gens, porteurs d’ustensiles divers, se relayait entre la maison et la plage. La table s’emplissait peu à peu de mets succulents. Le gâteau aux pommes de terre râpées préparé par Elen tentait de rivaliser avec le far aux pruneaux de Lily. Les verres de cidre circulaient de main en main.

 

Les danseurs de la troupe, tous indiens, n’avaient jamais été à pareille fête. Sortant de leur réserve habituelle, ils accomplissaient des figures compliquées sur le sable, tout en riant aux éclats.  Lala et Shani, installées dans des fauteuils de toile, avec interdiction formelle de bouger, avaient pour une fois abandonné leur mine sévère. Elles souriaient. La vieille Lala, malgré ses soixante-sept ans, se leva soudain, sous les yeux médusés de Shani.  Prenant Tim par le bras, elle l’entraîna dans un pas de deux endiablé. Allan, amusé, s’inclina alors vers Shani, lui prit la main, l’obligeant à se relever. Les promeneurs, nombreux sur le front de mer à cette heure, assistaient en se poussant du coude à un spectacle incroyable ! Une bande de jeunes indiens, vêtus à l’occidentale, réalisaient d’acrobatiques pirouettes sur la plage. Juste à côté d’eux, une vieille dame très digne, en sari noir, dansait la valse avec un beau jeune homme, coiffé d’un chapeau colonial.  Un peu plus loin, un autre jeune homme, en Saharienne et jodhpur crème tenait la main d’une femme d’une quarantaine d’années, tout en lui faisant une splendide révérence.

 

Chacun ressentait intimement le caractère éphémère de ce qui se vivait là. Mais l’heure était à la détente et à la légèreté. Instants précieux. Instants rares, dans une société en complète déliquescence.  Ce qui est ne sera plus. Pourtant, c’est bien ainsi que depuis toujours, les hommes essayent de se convaincre de leur non-finitude. En recréant des univers fugaces, en alimentant des souvenirs de temps d’avant.  Et si tout ce bruit et ces crécelles agitées devant une tragédie annoncée ne pouvaient rien changer au cours de l’Histoire en marche, du moins ils le distanciaient momentanément.

En fin d’après-midi, ils se séparèrent, heureux de ce temps de partage.  Monsieur Monnot raccompagna Shani et Lala, fatiguées par leur exploit, mais détendues et souriantes. Les quatre jeunes gens, eux, décidèrent de prolonger la soirée sur la plage. Le temps du marivaudage s’achevait. Ils le savaient. Et c’est avec une gravité nouvelle qu’ils s’effleuraient du regard, presque intimidés. Depuis près de trois ans, ces quatre amis avaient évolué, des drames les avaient rapprochés, des intrigues souterraines se jouaient pour les pousser dans les bras les uns des autres. Elen et Lily venaient de fêter leurs vingt ans en juillet dernier, en même temps que les vingt-six ans de Tim, né le 27 juillet 1916. Allan allait avoir vingt-quatre ans en janvier prochain. Mais, s’ils n’étaient plus des adolescents, ils étaient cependant d’une candeur absolue devant l’expression de leurs sentiments.  

Quatre jeunes gens. Trois couples. Voilà l’équation impossible qui se profilait. C’est ainsi que l’histoire s’écrivait en secret dans la tête des deux conspiratrices. En ne voulant que le bonheur de Tim, elles allaient détruire à jamais les ferments porteurs de vie que chaque couple génère à sa création. N’ayant pas elles-mêmes vécu de vibration charnelle, ou si peu, ignorant tout des émois de la passion, elles n’avaient aucun scrupule à manipuler les cœurs. Indiennes jusqu’au plus profond de leurs fibres, elles ne croyaient pas en l’amour rédempteur, mais seulement à la fatalité de la naissance (...).

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Lundi 26 mai 2008

Le samedi 31 mai dernier, j'ai eu le bonheur de faire une lecture d'un extrait de mon prochain roman, qui se déroule en partie dans le Vieux Lyon.  Voici le  communiqué qui annonçait la manifestation:

"Dans le cadre de la manifestation Rendez-vous aux Jardins* qui se déroulera du 30 mai au 1 juin 2008, la Ville de Lyon et l’Union des Ecrivains Rhône Alpes (UERA) proposent une exposition grand public présentant des textes originaux rédigés par les auteurs Rhônalpins. Ainsi, une trentaine d’écrivains a souhaité communiquer leur amour de Lyon par le biais d’un texte poétique dédié à la ville ; un appel au voyage dans un des plus beaux cadres lyonnais, le quartier du vieux Lyon. Chaque panneau contiendra une bibliographie, un texte inédit (ou un extrait) ainsi qu’une photo de l’auteur.

En 2008, le thème retenu pour RV aux jardins est le voyage. Des animations, expositions et visites commentées sont proposées au grand public durant 3 jours autour de cette thématique. Les écrivains se sont mobilisés, pensant que le voyage pouvait se faire également avec les mots. Les espaces urbains ne sont-ils pas dédiés à la détente ? L’alliance des deux offrira aux visiteurs un moment de rêverie, une vue d’auteurs sur leur ville.

Lieux de l’exposition (Lyon 5e - quartier Vieux Lyon) :
Jardin de la Basoche – angle des rues Saint-Jean et de la Bombarde

Jardin situé rue du Bœuf (en face de la Tour Rose)
Aire de jeux rue des Estrées (à côté du Palais de Justice)

* RV aux jardins est un événement institué par le Ministère de la Culture et de la Communication. Durant 3 jours, le grand public peut rencontrer ceux qui créent, entretiennent et mettent en valeur les espaces verts : propriétaires, jardiniers, paysagistes, botanistes, historiens,… C’est un événement culturel destiné à tous les publics, entre amis ou en famille, pour les amateurs ou les curieux comme pour les jardiniers chevronnés.

Inauguration samedi 31 mai 2008, à 11h dans le Jardin de la Basoche
En présence de Georges Képénékian, Adjoint au Maire de Lyon, délégué à la Culture et au Patrimoine
Mme Gilda Hobert, Adjointe à la Culture – Mairie du 5e arrondissement
Et des auteurs, membres de l’Union des Ecrivains Rhône-Alpes"

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Dimanche 25 mai 2008

Ce matin sur ma terrasse, en totale vacuité, je regarde dormir mes deux félins, apaisés après une nuit ponctuée de folles poursuites. La tête de Lily lovée dans les replis du ventre de Tommy. Antagonistes dans le jeu, séparés par dix bonnes années, dix années voyageuses pour le vieux Tom, que je ramenais d’Israël avec Jerry, un autre matou errant, disparu depuis. Tommy, attaché à ce semblable si fortement qu’une réelle tristesse a perduré dans  son comportement  pendant de longs mois. Capable cependant d’être bon compagnon avec un autre semblable à lui imposé. .
 

Fixant les nuages nombreux, essayant d’arrêter leur course, je songe à mes propres semblables, parents,  compagnons, amis, abstraits de ma quotidienne vision. Les toucher, me serrer dans leurs bras, un instant, par la pensée. Cela, cette sensation là, me comble d’un doux sentiment. Chassant la mélancolie de ce gris dimanche.  Notre  mémoire émotionnelle est vive et forte. Rien ni personne  ne disparaît vraiment. Si l'on a semé des petites pierres de lune pour tracer le chemin.

Un extrait d’un texte bouddhiste me revient alors « Dans le cycle de nos existences, au cours de nombreuses renaissances et parfois en une seule vie, tout change continuellement. Il ne peut y avoir aucune certitude. Même notre bonheur ne fait que passer. Tout ce qui est nôtre est livré à l'impermanence. Rien de ce que nous considérons être réel n'est permanent. ».

C’est pourquoi nous nous devons à nous-mêmes d’être des infatigables créateurs de liens. Des liens qui nouent délicatement les êtres, mais ne les entravent pas. Pour qu’ils composent une symphonie mémorielle douce et belle que l’absence même n’effacera pas.

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