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Rassembleur  d'Etincelles -

Un écrivain journaliste partage avec vous son univers, ses passions, ses coups de griffe à l'actualité et sa passion de la musique des mots

Entre le beau et le vrai...

Publié le 26 Juin 2016 par Sylviane Sarah Oling

Chagall... au delà du beau

Chagall... au delà du beau

Un matin comme je les attends, les espère. Soleil rouge à peine dissimulé entre deux nuages. Promesse d'un jour lumineux. Juste après l'éveil.  Fragiles instants d'oubli où l'imaginaire construit des cathédrales de possibles.

Etre dans le monde et non à sa frontière, voilà le sens de ma quête. Entre le beau et le vrai. Cesser de repeindre l'univers de couleurs éclatantes, mais l'appréhender dans son évident inachèvement. Accueillir cet inachevé comme la véritable aventure humaine.

Avec ses abominations. Je pense à ces hommes et ces femmes porteurs d'une féconde trace d'amour et à ceux qui, la niant dans une absolue désespérance, lézardent à jamais leur existence. A ces flammes douces et bonnes soufflées si vite qu'elles génèrent un violent sentiment d'injustice à ceux qui étaient les veilleurs et les témoins de ces lumineuses existences.

Mais je pense aussi à ce monde que nous composons , celui-la précisément et à ses multiples grâces. Que je ne cesse d' énumérer, dans la simple et belle évidence d'un quotidien vécu et non sublimé.

Un matin comme je les attends, à vivre, ici et maintenant, plutôt qu'à tenter d'habiller d'improbables projections.

 

S. Oling 26 juin 2016

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Que Marguerite Duras me pardonne...

Publié le 14 Mai 2016 par Sylviane Sarah Oling

Que Marguerite Duras me pardonne...

Cette nuit j'ai fait un rêve étrange, je me trouvais sur la plage de Trouville, une très vieille dame était assise à même une roche noire. Impossible, de là où j'étais, de discerner ses traits sous la voilette qui recouvrait son visage. Elle agitait dans ma direction son parapluie. Je me rapprochais d'elle qui me fixait intensément. Ses lèvres bougeaient mais aucun son n'en sortait. J'approchais encore, jusqu'à la frôler et je l'entendis enfin me dire: "Comment as-tu osé?".


Cette vieille dame au visage traversé de fines lignes brisées, je la reconnus soudain. C'était Elle. Marguerite Duras. Avant que je ne puisse la questionner sur le sens de son étrange harangue, elle avait disparu. Mais cette vision soudaine me fit sortir de mon rêve et plonger dans mes souvenirs.

C'était il y a 17 ans.. Par la grâce ou la folie d'un metteur en scène légèrement "allumé", je venais d'obtenir le troisième rôle dans Savannah Bay, pièce créée par M. Duras, pour deux personnages, la jeune femme et Madeleine. Deux personnages, donc, pas trois... Isabelle Sadoyan Bouise habillait de sa puissance et de sa démesure Madeleine, une Madeleine presque effrayante.Isabelle Le Nouvel occupait avec sensibilité le costume de la Jeune Femme. Et moi dans tout cela? Moi...

Par le propos artistique du metteur en scène, ayant décidé de mêler le théâtre nô au texte de Duras, moi, j'incarnais une présence fantomatique, à la démarche saccadée, venant hanter le jeu des deux comédiennes, masque de craie, lèvres de geisha rouge sang, costume noir, j'errais ainsi sur scène, à intervalle réguliers, sans prononcer le moindre mot, ou presque. Attentive à respecter le jeu qui m'était imposé. Je devais me penser, me visualiser, me comporter en samouraï. Un samouraï sensé réincarner Marguerite Duras Comédienne peu assurée, mais à l'imaginaire fécond, je vécu toutes mes apparitions sur scène dans un état second, maîtrisant parfois très mal le doute qui m'envahissait lorsque je devenais spectatrice de mon propre jeu...

 

La conclusion provisoire de tout cela? J'espère juste que, de là où elle se trouve, Marguerite Duras m'a pardonnée. Et surtout, surtout, j'ai appris de cette expérience théâtrale à ne jamais me prendre pour ce que je ne suis pas.

Je puis donc affirmer aujourd'hui qu'à aucun moment je ne fus, même un court instant, le fantôme de Marguerite Duras!!!

S.Oling

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Lettre ouverte à Laurent Terzieff

Publié le 27 Avril 2016 par Sylviane Sarah Oling

Lettre ouverte à Laurent Terzieff

Alors que depuis quelques mois, le théâtre est revenu, par la grâce de rencontres belles et bonnes, habiter de nouveau un espace vibrant dans mon existence, j'ai retrouvé cette "lettre" que j'avais écrite au lendemain de l'envol de Laurent Terzieff et dont je ne veux pas douter qu'il l'ai lue, de là où il se trouve...

"Nous venons tous d'une fratrie, d'une patrie originelle, quelle qu'en soit la force, l'histoire familiale, qui la replace dans un destin universel ou non. Cette terre d'enfance, honnie ou adorée, nous porte vers des terres d'élection, des passions, des désirs. Elle nous fait aimer infiniment des êtres, parce qu'ils éveillent en nous quelque chose de mystérieux, d'inexplicable et de non réducteur par des mots .

Vous fûtes de ceux-là, Monsieur. Je ne puis oublier ces heures au Lucernaire , dans cette toute petite salle, où je "communiais" avec d'autres passagers embarqués dans cette noble aventure que vous nous donniez à vivre. Votre silhouette, quelque chose en vous traçait déjà les premiers temps de votre appel vers un autre voyage à accomplir, seul, sans notre souffle suspendu à la puissance du vôtre, dans l'acte de "faire du théâtre" qui vous guidait.

J'attendais ce début septembre avec une heureuse impatience, ces quelques jours à Paris, chez l'amie qui avait permis la première rencontre, persuadée de vous retrouver , sur scène, à votre place, celle que vous revendiquiez. Ce rendez-vous est définitivement empêché. Vous nous avez faussé compagnie... Et vous me manquez déjà. Votre façon de servir le théâtre, votre grâce, vos convictions, je le sais, laisseront trace, mais il est des artistes dont l'absence est inconcevable, simplement inconcevable."


Sarah Oling avril 2016

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Ecrire..dit-elle...

Publié le 19 Février 2016 par Sylviane Sarah Oling

Ecrire..dit-elle...

Cette photo fut prise il y a une quinzaine d'années, lors du tournage avec un ami réalisateur, Denis Lazerme, d'un documentaire "un temps pour naître". A travers ma propre histoire, j'avais recueilli les paroles bouleversantes de femmes pour qui ce temps là, celui de la mise en lumière de leur enfant n'avait pas été dans l'ordre du monde.

Ces paroles demeurent en moi. Les mots empêchés, les chagrins et les joies infinies lorsque la naissance, enfin, faisait cesser le cycle de l'empêchement...

Et alors que , grâce à Patrice Kahlhoven, ce qui a été fondateur dans l'écriture de "Tes Absents tu nommeras", cesser l'empêchement des mots, va permettre la rencontre avec Vous, lecteurs encore inconnus, je mesure l'importance de ce rendez-vous samedi prochain, 27 février à 17h30 au petit théâtre de la Cité à Villeurbanne. L'exercice d'écriture est infiniment solitaire.

Qu’écrire d'autre ? …Peut-être, paraphrasant Lewis Carroll et son gâteau magique, juste ceci : « Lisez-moi » ! Ainsi il n’y aura plus que l’authenticité d’une possible rencontre. Un écrivain sans lecteurs n’est rien d’autre qu’un magicien privé de tous pouvoirs.

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Samedi 27 février 2016. "Belle lecture de sublimes textes de Sylviane Sarah Oling par leur auteure et le comédien Patrice Kahlhoven en le local jouxtant la" librairie des écrivains " appelé à quelques travaux pour devenir le "petit théâtre de la Cité "(inauguration début avril)....117 bd Stalingrad 69100 Villeurbanne". Jacques Bruyas

Publié le 28 Janvier 2016 par Sylviane Sarah Oling

 Samedi 27 février 2016. "Belle lecture de sublimes textes de Sylviane Sarah Oling par leur auteure et le comédien Patrice Kahlhoven en le local jouxtant la" librairie des écrivains " appelé à quelques travaux pour devenir le "petit théâtre de la Cité "(inauguration début avril)....117 bd Stalingrad 69100 Villeurbanne". Jacques Bruyas
 Samedi 27 février 2016. "Belle lecture de sublimes textes de Sylviane Sarah Oling par leur auteure et le comédien Patrice Kahlhoven en le local jouxtant la" librairie des écrivains " appelé à quelques travaux pour devenir le "petit théâtre de la Cité "(inauguration début avril)....117 bd Stalingrad 69100 Villeurbanne". Jacques Bruyas
 Samedi 27 février 2016. "Belle lecture de sublimes textes de Sylviane Sarah Oling par leur auteure et le comédien Patrice Kahlhoven en le local jouxtant la" librairie des écrivains " appelé à quelques travaux pour devenir le "petit théâtre de la Cité "(inauguration début avril)....117 bd Stalingrad 69100 Villeurbanne". Jacques Bruyas
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Que vive 2016...

Publié le 1 Janvier 2016 par Sylviane Sarah Oling

Que vive 2016...

Que Vive 2016...

"Nous qui savons" qu'il suffit d'une infime poussière d'ange pour que tout bascule dans la Lumière..

"Nous qui savons" que la force d'un être, c'est sa capacité à créer du lien et qu'ensemble nous faisons rempart contre l'ombre.

"Nous qui savons" ce que fut 2015 et qu'il est délétère de rester aux portes de l'espérance..

Forts de ce que nous savons, je Nous souhaite une année de création d'instants de fulgurance et de douceur à capter, de compréhension de notre rôle, même si nous en doutons parfois, à être des bâtisseurs.

Que cette partition 2016 à composer soit la nôtre, harmonique et belle à partager.

Relevons ce défi-là...

Sarah Oling

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Publié le 26 Décembre 2015 par Sylviane Sarah Oling

 Avec Patrice Khalhoven . Comédien. metteur en scène.  auteur
 Avec Patrice Khalhoven . Comédien. metteur en scène.  auteur
 Avec Patrice Khalhoven . Comédien. metteur en scène.  auteur
 Avec Patrice Khalhoven . Comédien. metteur en scène.  auteur

Avec Patrice Khalhoven . Comédien. metteur en scène. auteur

5 décembre 2015. Première lecture théâtrale de "La Dernière Grimace" de Jacques Bruyas

"Merveilleuse soirée théâtre au petit théâtre des écrivains à la cité des antiquaires . Avec "La dernière grimace "Une pièce de Jacques Bruyas au texte puissant et très émouvant , mis en lumière par le talent inouï de deux comédiens à la sensibilité rare et qui ont su conjuguer leur talent pour servir ce beau texte avec finesse : Patrice Khalhoven et Sarah Oling. La mise en scène sobre, et efficace comme le texte venait parfaire le spectacle .
Ce beau texte écrit par Jacques Bruyas il y a plus de trente ans n'a pas une ride et illustre même parfaitement l'actualité d'aujourd'hui . Les auteurs de génie sont visionnaires , la preuve en est faite par cette superbe pièce
." Joëlle Vincent.

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Lire aux éclats... Ecrire de ces éclats-là

Publié le 21 Décembre 2015 par Sylviane Sarah Oling

Depuis si longtemps que j'en ignore jusqu'au jour où cela, ce désir-là, ne fut pas de mon existence, les livres s'invitèrent à ma table... Ils furent lumière et partage, mes donneurs de leçon, mes empêcheurs de désespérer, mes liens avec le Monde et ses mystères, mes magiciens , mes cadeaux donnés et reçus.. Puis de ces mots qui dansent depuis toujours en moi, j'osais faire un premier pas, les coucher sur des pages blanches, les exhorter parfois, lorsqu'ils se dérobent à ma plume fiévreuse, créer une partition, puis une autre.. Les livres... Ils sont et demeurent Rencontre...

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En réponse à la barbarie...

Publié le 15 Novembre 2015 par Sylviane Sarah Oling

C'était hier, 14  novembre 2015, le jour d'après... Parce que rien ni personne n'arrêtera le peuple de France, d'écrire, d'aller à la rencontre des autres, d'aimer, de vivre, en somme. Il y eut Charlie, puis le jour d'après.. Il y eut l'attentat contre l'hypercasher, puis le jour d'après...Nous somme infiniment vivants si nous demeurons ensemble, comme un chant d'espérance pour ceux qui ne sont plus et vers lesquels montent nos prières...

C'était hier, 14 novembre 2015, le jour d'après... Parce que rien ni personne n'arrêtera le peuple de France, d'écrire, d'aller à la rencontre des autres, d'aimer, de vivre, en somme. Il y eut Charlie, puis le jour d'après.. Il y eut l'attentat contre l'hypercasher, puis le jour d'après...Nous somme infiniment vivants si nous demeurons ensemble, comme un chant d'espérance pour ceux qui ne sont plus et vers lesquels montent nos prières...

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C'était en 1995. Ma rencontre avec André Glucksmann

Publié le 10 Novembre 2015 par Sylviane Sarah Oling

Ce matin, j'apprends la mort de cet homme d'engagement et de convictions affirmées. Il m'avait accordé une longue interview, publiée dans mon dernier livre "Entre Orient et Occident. De la complexité du monde..." paru aux Éditions l'Harmattan en 2013 et qui, au regard du contexte politique et social, ne semble pas "daté"...

 

Notre rencontre eut lieu en mai 1995 autour de son livre paru chez Lattes « De Gaulle. Où es-tu ? », Quelques semaines après l’élection de Jacques Chirac

"Sylviane Sarah Oling :

Vous venez de publier « De Gaulle. Où es-tu ? Pourquoi un livre sur le Général De Gaulle ? Quel est le lien entre vous ?

André Glucksmann :

Le lien, c’est simplement celui d’un enfant juif tout petit dans la France occupée et qui a beaucoup d’admiration pour quelqu’un qui résiste. Je n’ai jamais eu de lien personnel avec le Général et si, 25 ans après sa mort, je pense qu’il convient de méditer ce qu’il a fait, c’est pour en extraire une méthode. Ce n’est ni pour l’aduler, ni pour le culte de la personnalité ou l’iconographie. Tout cela ne m’intéresse pas. C’est une méthode. Vous savez qu’il a été un peu exclu de la bonne société, et sous la troisième et sous la quatrième et même sous la cinquième république, parce qu’il était, président, assez mal vu, par l’intelligentzia, par des journaux sérieux comme Le Monde. Ce tabou qui concerne De Gaulle me semble assez dangereux pour la France à l’heure actuelle, alors qu’il n’y a plus de guerre froide et au moment où éclatent des guerres « chaudes ».

Sylviane Sarah Oling :

Nous sommes en plein dans l’actualité et, pour reprendre vos propres termes, que pensez-vous du « Roi Républicain » qui a été élu dimanche ?

A. Glucksmann :

Je demande à voir. Si j’avais vu d’avance son génie éblouissant, j’aurai appelé à voter pour lui. Je n’ai pas appelé à voter pour lui, je n’ai pas non plus appelé à voter pour son adversaire, loin de là. Je me suis retiré dans le silence de l’isoloir, dans la mesure où les candidats ne répondaient pas aux questions les plus brûlantes qu’on va se poser maintenant, une fois la récréation des élections terminée.

S. Oling :

Dans votre livre, vous n’avez pas de mots assez durs pour vilipender ce que vous appelez « la boulimie commémorative ». Comment hors ces événements fortement médiatiques, pensez-vous que l’on puisse faire œuvre de mémoire ?

A. Glucksmann :

En considérant qu’il ne s’agit pas de commémorer le passé mais de commémorer une lutte qui continue.

S. Oling :

Au regard des conflits qui éclatent de partout, la Bosnie, le Rwanda, entre tant d’autres, vous posez une question essentielle : « A quoi sert l’Histoire ? » Qui, justement, d’après vous, a failli, pour que les leçons de l’Histoire aient été vaines ?

A. Glucksmann :

Je crois que les leçons de l’Histoire n’agissent pas toujours d’elles-mêmes. On a dit lors de l’ouverture des camps de la mort, jamais plus ! Mais « jamais plus », cela peut s’entendre de deux façons, soit comme un indicatif, « maintenant, nous sommes devenus sages, assez sérieux pour que cela ne se reproduise plus ». Cela, c’est de l’orgueil, du narcissisme. Ou bien « jamais plus », comme un impératif. Il ne faut plus jamais que cela se reproduise. Mais pour l’utiliser comme un impératif, on sous-entend que cela peut revenir. Il y a deux formes de banalisation de la Shoah. La première, c’est de voir des génocides partout. Ce n’est pas vrai. Il y en a eu quatre dans l’histoire du monde, celui des arméniens, celui des juifs, celui des tziganes et celui du Rwanda, où les Tutsies se sont fait massacrer, cinq cent mille, un million peut-être, en quelques semaines. Et l’autre forme de banalisation c’est de dire que c’est une histoire qui n’intéresse pas l’humanité entière, c’est une histoire entre les juifs et les allemands et uniquement entre eux, et cela, c’est une forme extrêmement dangereuse de banalisation .C'est-à-dire que l’on congèle le génocide, on en fait une histoire ancienne qui n’aurait plus d’actualité. Eh bien, c’est faux ! Il y a une menace qui pèse sur l’humanité. Une fois qu’Auschwitz a été possible, Auschwitz reste possible pour les siècles des siècles.

S. Oling :

Justement, pour revenir à votre livre, vous développez, citant Malraux, depuis 1916, où il y eut la première attaque allemande sur la Vistule, avec utilisation du gaz, le concept de « guerre sale ». Une guerre peut-elle être qualifiée de « propre » ?

A. Glucksmann :

Une guerre ne peut pas être qualifiée de propre. Mais il y eut autrefois des guerres qualifiées de justes, c'est-à-dire des guerres faites, comme le disait Saint Augustin, pour restaurer la tranquillité de l’ordre. Aujourd’hui, une guerre est nécessairement dangereuse. Elle ne restaure pas l’ordre. Elle peut simplement essayer de barrer la route à un plus grand désordre. Parce que des massacreurs, il y en a sur toute la planète et partout !

S. Oling :

Le Général de Gaulle doutait de l’éternité des alliances. Nous étions alors aux prémisses de la Guerre froide. Le Général était-il un visionnaire pour vous ?

A. Glucksmann :

Non, mais il était un homme éduqué par les moralistes classiques, Pascal, La Rochefoucauld, éduqué dans le sens d’un dieu qui n’était pas aussi présent qu’il l’était pour les idéalistes du 19ième siècle, un Dieu caché, Deus abscondicus, que Pascal avait emprunté à la Bible.

Et cette absence de dieu, ce dieu caché donnait à De Gaulle le sens du tragique. Vous savez, j’ai connu Aron, j’ai connu Sartre et ils ont tous les deux reproché aux successeurs du Général de Gaulle leur absence du sens du tragique. Et c’est ce qui manque aujourd’hui, alors que la purification ethnique règne au cœur de l’Europe, alors qu’un peuple se fait exterminer au bord de l’Europe, les Tchétchènes par les Russes, alors que surtout en Algérie monte une intolérance, la dictature islamique, qui tranche les gorges des femmes parce qu’elles refusent de porter le voile. Et là, je crois que nous sommes en face de quelque chose que l’on n’a pas encore osé regarder en face, c’est la reprise des expériences totalitaires. En Bosnie, en Tchétchénie, en Algérie, il n’y a pas Auschwitz, il n’y a pas de génocide, mais il y a quelque chose qui monte et qui est la reprise des expériences totalitaires, et on sait où cela mène !

S. Oling :

Justement, André. Gluksmann, vous dites que l’intervention humanitaire militarisée ne va pas de soi. Et vous citez l’ex Yougoslavie, le Rwanda, où l’échec des interventions militaires a été patent. Cela supposerait-il qu’il faille laisser les belligérants régler leurs conflits entre eux sans bouger ?

A. Glucksmann :

Non, pas du tout ! Cela veut dire qu’il faut préparer des interventions de tous ordres. Quelquefois même des interventions armées. En Somalie, contrairement à ce que l’on a dit, on a sauvé des centaines de milliers d’enfants qui crevaient de faim, parce qu’on a envoyé des troupes américaines. Alors, bien sûr, elles n’ont pas agi au mieux de ce qu’elles auraient pu faire. Mais le résultat, c’est qu’on a, quand même, sauvé des gens qui allaient crever de faim !

S. Oling :

Ce sera ma dernière question. Je voudrai savoir quel est le regard que vous jetez sur le processus de paix engagé en Israël ?

A. Glucksmann :

Je crois qu’il y a deux endroits où la chute du Mur a créé un bien et pas une crise supplémentaire, ce sont les territoires occupés et Israël, et l’Afrique du Sud. Dans les deux cas, on a vu d’anciens terroristes retourner sur eux-mêmes, faire réflexion sur ce qu’ils avaient fait, se dire que, après tout, si on continue à terroriser et à tout faire sauter, on va vers l’abime, et vers l’abîme réciproque. Et là, je crois qu’il y a eut quelque chose de nouveau, qui donne de l’espoir. C’est un espoir extrêmement fragile, mais c’est une fleur fragile sur laquelle il faut veiller.

S. Oling :

J’aimerai vous soumettre une dernière réflexion. Vous qualifiez votre livre « De Gaulle, ou es-tu ? d’anti somnifère. Que voulez-vous dire ? Que vous voulez réveiller les consciences ?

A Glucksmann :

Je veux dire que quand on fait des élections présidentielles, quand on élit un Chef d’Etat garant de la sécurité, de la paix, de la dignité, de la grandeur de la France, et qu’on ne parle que pendant quinze minutes au cours de la campagne, je crois, des problèmes dits de politique extérieure, c'est-à-dire simplement du monde qui nous entoure, eh bien nous rêvons, nous absorbons des somnifères parce que nous ne parlons pas de ce qui importe. Nous croyons vivre dans une bulle.

Dites-vous que dans sept ans, nous nous retournerons sur cette période et nous nous dirons : « Mais à quoi pensait-on alors que montait un péril fasciste à Moscou » ? Jirinovski vient d’obtenir 25% des voix et d’être décoré, enfin promu, lieutenant Général de réserve par le numéro deux du régime, le ministre de la défense nationale ! Jirinovski c’est un monsieur qui n’est pas seulement antisémite, il veut transformer Grosnie en cratère nucléaire.

De même, on dira « Mais à quoi pensaient les Français, lorsque il fallut s’exprimer sur qui on préférait ?, Est-ce que c’est les femmes qui se font égorger en Algérie, ou est ce que se sont les égorgeurs ? Ce n’est pas une question uniquement pour l’Algérie, c’est une question pour tout le Maghreb, tout le monde musulman, mais c’est aussi une question pour nos banlieues. A qui vont s’identifier les jeunes gens des banlieues qui sont d’origine maghrébine ? Est-ce que c’est aux femmes qui luttent pour leur liberté, au risque de se faire couper en morceaux, ou de se faire violer, ou bien est ce qu’ils vont s’identifier aux femmes voilées et aux barbus égorgeurs ? C’est quand même un problème ! Il faut que le Gouvernement, que les hommes politiques prennent leur responsabilité et choisissent leur camp."

 

S. Oling 10 novembre 2015

 

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