O.N.I.

O.N.I. Objet narcissique identifie

Images Aléatoires

ENTRE MEMOIRE ET OUBLI, FAIRE LE CHOIX DE LA VIE...

 

 

 

 

 

 

 

caf--n-gociants-f-vrier-2008-photo-panneau-uera.JPG L'écriture m'est souffle et vie depuis que je suis en âge de tenir une plume...

 

 Je suis issue d'un chaos. Je l'ai dépassé un jour, pour aller du côté de la vie et de ses lumières.  Pour les enfants de survivants, qu'ils soient nés avant le drame qui lamina leur famille, et qui dans mon cas fut la déportation de mes parents, ou après, se pose le problème de la transmission de ce qu'ils n'ont pas toujours reçu ... Certains enfants de déportés ont été confrontés à un père ou à une mère incapables de mettre en mots cet indicible espace que fut la Shoah. Ce fut mon cas. Comment, alors, transmettre une mémoire par procuration, une souffrance si intime qu'elle en est presque intraduisible ? Comment s'en libérer ensuite, pour avancer et construire,  non pas dans l'oubli de la Mémoire mais dans l'amour de la Vie?

  

 Mes trois premiers romans sont tous porteurs de ce que j'appelle une écriture "matricielle", encore fortement imprégnés de cette souffrance transgénérationnelle, de cet obscur sentiment d'une ombre permanente derrière mon épaule. Avec la parution du troisième livre, la boucle était bouclée. J'ai accompli mon chemin vers les miens.

  

Une grande partie de mon existence a été consacrée presque exclusivement à la Mémoire. Sans la négliger pour autant, mais en prenant le parti d'exister en tant qu'individu, pas seulement en tant "qu'enfant de...", je peux désormais lâcher ma plume, écrire pour le bonheur du partage, de la  libération d'un imaginaire longtemps contenu, la résonance des mots. Je viens d'achever une nouvelle aventure, littéraire et jubilatoire, miroir de mon imaginaire fécond: l'écriture d'un roman qui se situe en grande partie à Pondichéry, en Inde du Sud. Ce manuscrit, en attente d'éditeur devrait peut-être, si les Dieux du panthéon hindou me sont bienveillants, se transformer en film. Le défi est lancé, puisque je viens d'en faire une adaptation sous forme de scénario.

 

 D'autres personnages viennent habiter mon univers, impatients d'être mis en lumière, de venir à votre rencontre.

 

Je sais maintenant que l'écriture m'est force et architecture, qu'elle me tient debout et que nous ne nous quitterons plus.

 

 

Sylviane Sarah Oling           LYON    


Vendredi 16 mai 2008

Couvrant de mots fiévreux mes indignations « confortables », au regard des tragédies qu’elles évoquaient, de nombreux articles sur ce site, je me suis trouvée un matin dans l’incapacité littérale d’aligner trois lettres qui fassent sens.

La non libération d’Ingrid Betancourt, le peuple tibétain luttant légitimement pour son identité cultuelle et culturelle, la révolte des Birmans noyée sous des flots de boue, aujourd’hui la Chine et ses milliers de morts…Que suis-je ? Qui suis-je ? Pour me croire investie d’un minuscule et dérisoire pouvoir d’intervention, par mes quelques mots jetés à la force du vent virtuel…Lorsque j’étais « sur le terrain », je me souviens encore de la terrible culpabilité qui m’avait violemment secouée, alors qu’en avril 2001, la rue Jubin à Villeurbanne, « ma » rue,  venait d’exploser. Je tenais dans mes bras l’un des pompiers qui devait mourir peu après.

Ce même sentiment terrible d’être acteur et spectateur à la fois, m'a étreint à plusieurs reprises, lors de mon travail de journaliste. Dire la tragédie, ne pouvoir ni la contrer, ni la distancier... Les angoisses de l’enfance reviennent alors. Celles de mes cauchemars. Ceux plus particulièrement,  qui me projetaient dans un Auschwitz grouillant de cendres et de cris, à la recherche de mon père, incapable de trouver son baraquement. J’y rencontrais d’autres présences erratiques, des êtres sans regard, qui me tendaient les bras et que je ne  pouvais saisir.

 L’enfant que j’étais ne sauva personne. Et la déportation de ma famille a cessé d'être une  une histoire personnelle, à moi seule arrivée, le jour où j'ai ouvert l'espace de mes actes et de mes pensées à une forme de compréhension plus universelle de la fraternité des souffrances et du bonheur. Pourtant, pourtant, mes mots aujourd’hui me semblent de bien fragiles armes.

Alors, souvent, je suis « un cri qui doute ».

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Mardi 6 mai 2008

Depuis combien de temps suis-je là, à faire le guet ? Veilleur dérisoire d’un impossible espoir. Elle ne viendra pas, je le sais maintenant. Elle ne vient jamais le matin. Jamais.

 Du haut du toit du manège, j’ai un peu froid. Mais les autres m’ont demandé de surveiller sa venue, alors j’obéis. J’ai toujours été obéissant. Et puis, moi aussi, comme eux, je veux savoir et aussi la voir, Elle. Avant qu’ils n’arrivent, ceux qui ont fait un si long voyage pour nous informer. En bas, mon frère me fait des signes. Il a trouvé quelque chose au pied de la cabane du vendeur de tickets. Les enfants ne sont pas arrivés, il est encore très tôt et le manège somnole. En trois bonds, j’apprends le délicieux sentiment de la rébellion. Ce que mon frère a découvert comble de satisfaction mon estomac vide. Du chocolat. Echappé certainement d’une petite main s’accrochant la veille  au cou d’un des chevaux de bois. Pour notre plus grand bonheur. Je frotte le museau de mon frère pour le remercier, lisse ma queue poussiéreuse puis reprends ma place.

 Le soleil, insolent de force, vient me surprendre dans un demi-sommeil, juste à temps. Je les vois passer  au dessus de ma tête. Les émissaires. Garuda et Kildir. Ma mission est terminée. Elle n’est pas venue.

Il est temps que je bondisse de branche en branche jusqu’à  la roseraie. C’est le lieu du rassemblement. Les autres ont dit « Avant que les jets d’eau ne se mettent à tourner, nos frères du Tibet et de Colombie nous auront rejoint ». Ils ont fait un long voyage pour nous donner des nouvelles d'Ingrid et de Lopsang. Ils ont besoin de nous. Je ne dois pas être en retard. Je suis un écureuil conscient de son confort, alors que d'autres souffrent.

Demain, Elle sera là, lorsque le soleil commencera à décliner, incendiant le ciel. Et nous lui raconterons. Demain.

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Mercredi 30 avril 2008
Je serais présente au Salon du Livre de Genève, ce samedi, le matin seulement, pour une séance de signature de mes trois premiers livres. Pour ceux qui sont à proximité, ce sera une de ces belles opportunités de vous rencontrer, qui me sont infiniment précieuses. Je suis Invitée, au titre de membre de l'Union des Ecrivains Rhône-Alpes, comme plusieurs de mes confrères, par la Société Genevoise des Ecrivains, qui nous offre une place à son stand.
 Le salon du livre est situé à Palexpo, à proximité de l'aéroport.
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Lundi 21 avril 2008

En cette semaine de Pessah, la Pâque juive, toutes mes pensées se tournent vers mes absents, mon père  et ma mère et,  bien sûr, cet ange qui passa sans avoir le temps de devenir  « conscience et présence ». Puis je songe à ceux, sans visage connu de moi, qui devaient être ma lignée fondatrice et dont la trace s’est perdue dans les froides plaines de Silésie avant que je ne fasse souche. Ces absents-là sont ceux qui ont tissé la trame du tissu de ma  perpétuelle quête d’une forme d’harmonie universelle. Angélique souvent. Abreuvée et nourrie par ma rencontre avec des Mensh, des maîtres. André Chouraqui fut de ceux-là. Je le rencontrais pour la dernière fois, non à Jérusalem, où son bureau m’était devenu familier, mais à Lyon, où il venait présenter son dernier ouvrage  «Mon testament. Le feu de l’Alliance » paru chez Bayard.

Alors que porter sur soi le drapeau de son pays, pour un tibétain, peut être puni de la peine de mort, alors que partout dans le monde les guerres fratricides égrènent leur lente litanie des noms de ceux qui ne se relèveront pas de ces combats-là, alors que nous sommes toujours en attente du retour d’Ingrid Betancourt, j’ai relu cet ouvrage… Et je vous en livre un court extrait, sans raison autre que celle de partager quelques instants d’espérance avec vous :

" Aujourd’hui, j’espère plutôt que les hommes acceptent leurs diversités infinies et que malgré leur différence ou plutôt à cause d’elles, ils s’acceptent pour créature d’un même Créateur dans l’émerveillement de sa Création. (…) Le problème qui nous est posé à tous n’est pas la couleur du drapeau du ghetto dont on se réclame, mais d’être d’accord avec soi-même et avec les autres. Il n’est nul besoin d’une conversion autre qu’intérieure, reconnaître son Dieu, quel qu’en soit  le Nom et réaliser son idéal, qu’il soit  juif, chrétien ou musulman, en un mot, être un Homme digne de ce nom"…

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